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Emergence Bio, la méthanisation qui rayonne

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Dans le petit village de Gentioux-Pigerolles (Creuse), cinq jeunes agriculteurs peaufinent un projet de méthanisation. Cette démarche collective et dynamique renforce la complémentarité des activités, relocalise l’économie et revitalise le plateau de Millevaches. Elle pourrait même devenir le premier GIEE effectif en France au mois de janvier !

Quand ils s’installent en 1999 sur le Gaec familial, Jouany Chatoux et son frère voient grand : « Nos parents élevaient des vaches limousines et des brebis. Nous avons ajouté des porcs cul noir, des porcs bios élevés sur paille et un atelier de transformation de 400 m2. Nous sommes installés sur 365 hectares et nous produisons des céréales sur 40 hectares ». Seul regret : le Gaec Chatoux-Jeanblanc-Pichon n’a jamais pu investir dans le photovoltaïque. « Il y a dix ans, les tarifs de rachat étaient de 60 centimes mais aucune banque ne voulait prêter à des jeunes agriculteurs pour ce type d'équipement. Du coup, au lieu d'être nous-mêmes producteurs, nous louons les toitures de nos deux nouveaux bâtiments à un opérateur photovoltaique. »

En 2012, le jeune éleveur se renseigne sur la méthanisation. « On trouve principalement sur le marché des méthaniseurs par voie liquide. Ce ne nous convenait pas car nous produisons du fumier sec. De plus, la voie liquide impose en plus d’apporter une ration équilibrée tous les jours. En bref, cette solution est plus adaptée au modèle hors-sol. » Au fil de ses recherches, Jouany Chatoux rencontre la société Methajade, une entreprise de Loire-Atlantique qui propose des méthaniseur français par voie sèche. L’idée devient alors un projet de territoire : « Une fois notre choix arrêté, il fallait trouver d’autres utilités à cet outil. D’ailleurs, EDF conditionne ses tarifs de rachat à la valorisation de la chaleur du moteur… »

Que faire de la chaleur ?

En parallèle, la communauté de communes Creuse Grand Sud et le parc naturel régional de Millevaches voulaient développer des circuits courts, mais il manquait pour cela un éleveur de volaille et un maraîcher locaux. Conscient que la méthanisation pouvait faire émerger ces circuits, Jouany Chatoux contacte immédiatement son voisin, Gaël Delacour, qui voulait s’installer comme maraîcher : « J'ai tout de suite sauté sur l'occasion. Je vais produire une quinzaine de cultures par saison dans 2000 m2 de tunnels chauffés par le méthaniseur. C’est un simple chauffage d’appoint car nous sommes à 900 mètres d’altitude. Il est hors de question que je fasse des cultures de contre-saison. Je considère ces légumes comme un sous-produit de la chaleur, qui est un sous-produit du fumier, lui-même sous-produit de l’élevage », sourit Gaël Delacour.

Cette chaleur bénéficiera aussi à un nouvel éleveur de poulet de chair, actuellement éleveur de bovins viande. Ses sept cabanes de 75 m2 seront équipées de planchers chauffants pour les poussins. « On a fait le choix de ces petites cabanes car les sorties seront régulières. Il vendra localement environ 50 à 100 poulets par semaine », explique Jouany Chatoux.

Un système gagnant-gagnant

Concrètement, ces nouvelles productions s’installeront gratuitement sur les terrains du Gaec Chatoux-Jeanblanc-Pichon, contre le rachat de la chaleur. Une solution qui règle aussi des problèmes de foncier : « Honnêtement, j’avais du mal à trouver deux hectares pour m’installer, et je n’aurais jamais pu rentabiliser l'achat d'une chaudière… », confie Gaël Delacour.

Les légumes et la viande transiteront par l’atelier de transformation du Gaec. « Je mettrai à leur disposition un atelier de volaille, une légumerie et un autoclave que je n’utilise jamais. Cela permettra de proposer des plats cuisinés bio. En fait, cet atelier va devenir une plateforme de distribution locale : on livrera les cantines scolaires et les épiceries locales, ainsi que la ferme auberge adjacente qu’on prévoit de construire à terme. Et pourquoi pas une salle de séminaire avec restaurant ? », rêve tout haut Jouany Chatoux.

Séchoir à bois et céréales, et récupérateur d’eau de pluie

Mais ce n’est pas tout ! L’usine sera aussi reliée à un séchoir pour plaquettes bois et céréales. « Notre climat est très humide et les forestiers peinent à sécher leur bois. Ils ne trouvent pas de séchoir à moins de 70 km... Aussi, l’entreprise Broussouloux Bois énergie est très intéressée par le projet. De même, nous sommes une vingtaine de producteurs de blé noir bio dans un rayon de trente kilomètres qui bénéficieront du séchoir. Nous avons la volonté de remettre en place une filière structurée. Les rendements sont très corrects sur le plateau de Millevaches, on atteint facilement les 25 quintaux à l'ha ».

Enfin, un récupérateur d’eau de pluie (entre 500 et 1000 m3) sera installé près du méthaniseur. Il irriguera les serres, qui seront aussi alimentées par la nouvelle station d’épuration d’une porcherie bio. « Théoriquement, on devrait obtenir 40 % de subventions de la part du Conseil général de la Creuse pour ce récupérateur », espère Jouany Chatoux.

Montage financier et casse-tête juridique

Créant deux emplois, l'ensemble du projet est estimé à 2 millions d’euros, dont 1,2 millions pour le méthanisateur (financé par le Gaec avec un taux de subvention qui approcherait les 45%) et 500 000 euros pour l’élevage de poulets. Il a remporté l’appel à projet Casdar du ministère de l’Agriculture « mobilisation collective pour l’agroécologie », qui préfigure les GIEE. « On aimerait devenir le premier GIEE de France en janvier, sachant que le label majore les aides publiques », anticipe Jouany Chatoux. Pour l’instant, le ministère a financé l’animation et les études pendant trois ans (pour un montant estimé à 100 000 euros) et suit de très près l’initiative. Lors du dernier colloque du réseau rural français, le cabinet du ministre a convoqué Jouany Chatoux pour témoigner devant Stéphane le Foll et une foule d’élus.

Aujourd'hui, le permis de construire et la déclaration d'ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement) sont en cours d'instruction. Les travaux devraient débuter au printemps pour une mise en service début 2016. Le plus difficile est de rédiger les contrats qui lieront tous les acteurs : « On met en place des choses qui n’existent pas. Ca ressemble aux biens sectionnaux ou aux contrats de partage des eaux du XIXe siècle, sous une forme plus modernes. On met les compétences individuelles au service du collectif. L’idée de partager nos ressources est évidente, mais sa traduction juridique et commerciale l’est beaucoup moins », témoigne Gaël Delacour.

Partage des eaux de pluie, répartition de la chaleur, des digestats, calendrier d’approvisionnement des matières organiques… Tout doit être clarifié dans les prochains mois. Mais pour l’instant, les porteurs du projet attendent toujours le feu vert des banques : « On a consulté les banques séparément et c’était une erreur. Elles n’ont pas compris que la rentabilité individuelle dépendait aussi des autres acteurs du projet », regrette Jouany Chatoux. Il garde espoir que les choses se débloquent dans les prochaines semaines.

...

Le méthaniseur en quelques chiffres

Puissance : 100kVA
Production : 632 Mwh électriques et 564 Mwh thermiques.
Apport : 5000 tonnes de fumier (trois exploitations dans un rayon de 5 km) et au moins 350 tonnes de déchets verts de la communauté de communes.
Digestat : 2 tonnes par an épandues dans les champs et les serres.

 

En savoir plus : http://www.methajade.fr (constructeur d'unités de méthanisation) ; http://www.plaquettes-forestieres-limousin.fr (entreprise de bois-énergie) ; http://les.nautas.pagesperso-orange.fr (site de la ferme du Gaec Chatoux) ; http://www.reseaurural.fr (site du réseau européen des territoires ruraux).

 

Notre photo : Jouany Chatoux et Gaël Delacour sur le site du futur méthaniseur.

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Auteur : Jacson-Allemand Christel
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Journaliste en milieu rural, je suis passionnée par l'élevage et les filières agricoles innovantes et originales.

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  • 1Commentaire
  • #1

    bravo les gars!! c'est un gros projet mais je pense que cela vaut la chandelle, surtout pour que d'autres producteurs en profitent pour produire français. Chez moi un projet est aussi en cours mais les petits paysans comme moi sont mis a l'ecart. c'est surtout du hors sol qui est interessé.

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