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Eleveurs double actifs, des pistes à l'étable

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Depuis le 25 septembre 2016, un décret ministériel donne aux associés de Gaec la possibilité d’exercer une activité hivernale saisonnière dans la limite de 700 heures par an, contre 536 auparavant.

A quelques semaines de la fermeture des stations de ski (autour de fin avril), la neige est encore bien présente sur les hauteurs et les moniteurs encadrent leurs derniers clients. Parmi ces moniteurs, de nombreux éleveurs, qui rejoignent les pistes dès qu’ils referment l’étable. Depuis le mois de septembre, un décret les autorise à travailler davantage à l’extérieur de l'exploitation. Il s’applique uniquement en zone de haute montagne, à plus de 1600 mètres, principalement les Alpes, et de manière plus sporadique pour les Pyrénées et le Cantal. Ce décret s’inscrit dans la transparence des Gaec pour l’attribution des aides de la Pac.

« Chaque membre de Gaec doit désormais prouver qu’il travaille bien sur l’exploitation, ce qui n’est pas le cas pour les exploitants individuels excepté les jeunes agriculteurs. Auparavant, il y avait plus de latitude mais maintenant, des règles ont été posées », explique Blandine Daval-Pommier, animatrice de la fédération départementale des GAEC des Savoies qui est d'ailleurs à l’origine de la demande, relayée par la députée Bernadette Laclais.

« Une trentaine d’exploitations arrivaient au seuil. Soit, cette possibilité ne va pas vraiment ouvrir les horizons mais c’était nécessaire. Nous portons ce dossier depuis deux ans, et d’ailleurs, ce fut assez compliqué. Les autres Gaec de France ne voyaient pas la nécessité de ce décret et trouvaient même bizarre l’idée de cumuler plusieurs métiers. Mais chez nous, c’est culturel de travailler à l’extérieur de l’exploitation. Nous paticipons, c'est une ouverture d'esprit », ajoute Blandine Daval-Pommier.

Double carrière, double identité

Dans les deux Savoie, environ 200 exploitations ont un ou plusieurs membres qui pratiquent la pluriactivité en station. La plupart des agriculteurs pluriactifs sont moniteurs de ski. Indépendants, ils exercent leur métier comme ils le souhaitent après la traite du matin, jusqu’à celle du soir. Ceux qui habitent très près des stations peuvent se permettre d’être dameurs ou perchistes. Ils signent alors un contrat qui les engage sur toute la saison (de décembre à fin mai), ce qui nécessite une sérieuse organisation sur l’exploitation.

Cette double activité montagnarde est complètement intégrée à la vie de la ferme : « Les agriculteurs s’organisent en fonction. Ainsi, la plupart des Gaec qui comptent des pluriactifs livrent des coopératives laitières. Si le Gaec fait de la transformation, l’associé qui s’en occupe ne travaille pas en dehors. Tout cela est discuté entre les membres », explique Blandine Daval-Pommier.

La double activité justifie parfois des investissements pour se libérer du temps. Ce fut le choix du Gaec du Dou du Crey en Tarentaise qui a automatisé la distribution du foin, la traite et le nettoyage pour se consacrer au ski l'hiver (source en fin d'article).

Pour Blandine Daval-Pommier, l’activité hivernale aide à conserver les plus petites structures. « Quand on est quatre associés, c’est parfois difficile de garantir un salaire correct à tout le monde. En zone intermédiaire, certains membres de Gaec travaillent en stations le temps d’installer correctement l’activité de l’exploitation ». Mais attention : pour être toujours considéré comme agriculteur par la MSA, les revenus saisonniers doivent rester inférieurs à ceux issus de l’activité agricole.

Pour Vincent Melquiot, le quart de ses revenus

Vincent Melquiot est associé avec ses parents. Ensemble, ils élèvent 180 brebis et 120 chèvres, qui produisent 14 000 litres de lait transformés à la ferme. Le jeune agriculteur est moniteur de ski quatre mois par an, du dimanche au vendredi. Adhérent à l’ESF (école de ski français) de Termillon, il exerce à la station de Val Cenis : « J’ai toujours fait du ski en club, et après mon installation, j’ai naturellement passé mon monitorat. Dans mon bureau ESF, on est un quart de moniteurs agriculteurs. Pour moi, le décret ne change rien car je suis loin d’atteindre le seuil. Mon record était l’an passé, avec  460 heures. C’est rare en tant que moniteur de faire plus d’heures, d’autant plus quand on a une vie de famille. Les éleveurs bovins qui ne transforment pas peuvent y aller un peu plus, mais pour nous, c’est la pleine saison des agnelages. Physiquement, c’est parfois hard. En février 2016, j’ai fait des semaines de 92 heures avec 49 heures de ski. Le samedi, je travaille deux fois plus à la ferme pour rattraper le retard… J’attaque la traite à 5h30 et je suis sur les pistes de 9 à 17 heures, avant de retourner à la traite. Mais ça ne pose pas de problème car on ne fait pas toujours des journées continues à la ferme, sauf en février. La transformation est assurée par mes parents. Grâce au ski, je vois d’autres personnes et je garde une ouverture d’esprit. Financièrement, le ski représente le quart de mes revenus. »

Cette double activité induit aussi un autre regard sur ses pratiques. C’est ce qu’explique Albert Tourt, moniteur et président de la coopérative de Haute-Maurienne Vanoise, au magazine institutionnel Terra Modana : « Les agriculteurs prennent bien soin de faire leurs foins l’été car ils savent que cela facilite ensuite le manteau neigeux, et donc la station et le tourisme. L’agriculture, c’est gagner sa vie mais aussi entretenir son territoire et l’ouvrir aux autres. »


En savoir plus : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000033141452&categorieLien=id (texte du décret) ; http://www.cchautemaurienne.com/sites/portail/files/tm184.pdf (article de TerraModana sur "la double vie des moniteurs") ; http://www.fromage-beaufort.com/fr/il4-actualite_i210-les-marmottes-hibernent-pas-les-producteurs-de-beaufort.aspx (lien source pour l'information sur l'automatisation du ramassage du foin dans un Gaec).
 

Notre illustration ci-dessous est issue du site Fotolia, lien direct : https://fr.fotolia.com/id/1169957.

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Auteur : Jacson-Allemand Christel
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Journaliste en milieu rural, je suis passionnée par l'élevage et les filières agricoles innovantes et originales.

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