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« Ma Katana travaille six mois par an »

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À la tête d’une exploitation agricole et d’une entreprise de transport, François Cousin a créé en 2016 la SAS Agrico pour répondre aux besoins spécifiques des industriels.
 
Il n’y a pas que dans le domaine betteravier que la technique évolue. Les industriels de la luzerne déshydratée, jusqu’alors maîtres de leur activité récolte la délèguent peu à peu à des entreprises spécialisées. Après avoir assuré le transport pour le déshydrateur local, François Cousin a déployé les moyens techniques et humains pour gérer en plus la fauche et l’ensilage.
 
Nous sommes à quelques semaines du top départ de la récolte de luzerne déshydratée en Champagne, le premier berceau de production en France. La SAS Agrico, fondée en 2016, achève de préparer le matériel, dont l’ensileuse Katana 65, pièce maîtresse d’une flotte qui va attaquer sa troisième campagne. Elle a déjà plus d’heures à son compteur que nombre de ses congénères sur le marché. Car en général, elle travaille six mois non-stop, de la fin avril à la fin octobre. Pas le temps de chômer en saison, il faut que tout fonctionne parfaitement, avec une logistique bien rodée.
 

Une ETA dédiée à 75 % à l’industrie

Agriculteur à Connantre, dans la Marne, François Cousin est également à la tête d’une activité de transport, la société CTS. Par sa proximité avec des industriels, il s’est spécialisé dans la récolte et le déterrage de pommes de terre, de carottes et des betteraves. « À l’arrachage des pommes de terre, on facture à l’agriculteur mais on est très en lien avec l’industriel, confie François Cousin. C’est son planning qui rythme notre journée de travail. Même en carottes, ce n’est pas l’agriculteur qui nous appelle directement mais l’industriel qui a besoin d’un volume bien défini. » En revanche, en arrachage de betteraves et lors des moissons, il fait dans le traditionnel.
Douze salariés et six saisonniers sont embauchés lors des périodes les plus intenses.

Également spécialisée dans l’épandage de boues de station d’épuration, Agrico voit une autre opportu- nité, en 2017, avec une organisation devant évoluer et un équipement vieillissant chez les déshydrateurs de luzerne. Les constructeurs d’ensileuses articulées à sellettes traditionnellement employées se font rares sur le marché du neuf. De ce fait, une nouvelle organisation se met en place. Agrico se positionne et devient force de proposition : « Nous avions déjà une expérience en matière de transport de la luzerne. Mais cette année-là, nous avons décidé de proposer nos services à l’ensilage. Nous leur avons proposé plusieurs solutions et ils ont accepté de nous confier une surface de 1 200 hectares pour l’ensilage et le transport. Nous ne gérions pas la fauche. »

« Nous avons découvert ce métier, à la fois, nous, entrepre- neurs, mais aussi notre client, qui, pour la première fois, sous-traitait ce poste. Après notre essai en 2017, nous avons eu la responsabilité de faucher 2500 hectares (à multiplier par quatre coupes annuelles), soit 3 000 heures de fauche et autant d’ensilage », souligne François. « On ne chôme pas ! » La particularité de l’usine pour laquelle Agrico travaille, c’est qu’elle récolte en « vert », c’est-à-dire un produit qui est en moyenne à 20 % de matière sèche. C’est pour cela que la faucheuse fait autant d’heures que l’ensileuse. Sinon, le débit de chantier serait bien plus élevé. « On doit faucher et ensiler en même temps. Ce produit vert sert à réaliser des granulés mais également à extraire un produit hyperprotéiné nommé PX. Il est aussi destiné à devenir un complément ali- mentaire animal.»

Lorsque le pick-up 3 mètres est un peu juste s’il y a du volume à avaler, l’ETA ressort son 4 mètres.

 

Des camions et des bennes

« En soi, organiser l’ensilage n’était pas le plus compliqué. C’est plus la partie logistique qu’il fallait assurer et assumer, avec des moyens nouveaux », précise François Cousin. « Nous nous sommes posé la question de remettre des tracteurs sur la route et avons fait le test la première année, pour des questions d’organisation. Cela nous a permis de définir un point critique de 12 km. C’est-à-dire qu’en dessous, un tracteur peut être aussi efficace qu’un camion. Au-delà, le camion s’impose. Mais comme notre rayon d’action moyen est de 25 kilomètres (les parcelles les plus éloignées sont à 40 km), la question ne se pose même pas. Et de toute façon, c’était politiquement impossible d’imaginer remettre des tracteurs sur la route. À proximité d’Épernay, nous avons plusieurs communes à traverser. Ça aurait été mal vu par les riverains. » Enfin, un ensemble agricole, avec une benne à fond mouvant, est limité à 60 m3 et pèse près de 10 tonnes, sans compter le tracteur. « Avec un camion avec assistance hydraulique, on ne dépasse pas 15 tonnes à vide. Ça veut dire qu’avec un PTRA de 44 tonnes, nous pouvons charger 29 tonnes de luzerne. »

Rémunérée à l’hectare pour le fauchage, l’entreprise est payée à la tonne de matière sèche pour l’ensilage et le transport.

Mais il a fallu adapter le système. Pour la saison 2017, Agrico opte pour des camions à quatre roues motrices et les équipe en pneus agraires homologués et achetés en Allemagne. « Nous avons hélas eu un accident lié à un défaut de carcasse, reconnu par le manufacturier. » L’entreprise limite les risques et fait marche arrière. Elle remonte alors des pneus standard. « C’est là que nous nous sommes rendu compte que, finalement, ils fonctionnent plutôt bien, même sur un quatre-roues motrices. Nos camions les plus récents ont un système d’assistance hydraulique Poclain, aussi efficace, moins énergivore et surtout plus léger qu’un pont mécanique », souligne François Cousin, qui recherche toujours à optimiser ses chargements. « Entre un camion standard et un système AddiDrive, il y a 500 kg de différence, qui représentent 500 kg de charge utile en plus ! » Avec près de dix rotations par jour et par poste, soit 100 rotations à 29 tonnes par camion par semaine, cela compte.

En perpétuelle réflexion, il cherche à rentabiliser son chantier et gagner en efficacité. Pour la saison 2019, il a voulu optimiser le déchargement à l’usine en faisant l’acquisition de quatre bennes routières Legras de 80 m3. « Nous connaissons les fonds mouvants, ils sont généra- lement lents. Les rapides que nous allons utiliser devront décharger en quatre minutes, contre sept pour un modèle classique. Ces bennes sont dotées de grandes roues, d’essieux suiveurs et de portes hydrauliques étanches aux jus. » Selon François, pour arriver au même débit avec des tracteurs agricoles, il faudrait mettre au moins 30 % de moyens supplémentaires. « Actuellement, nous mobilisions au minimum quatre camions par chantier, et au maximum six, selon l’organisation et la distance. »

La limite des camions est qu’en conditions humides, ils ont tendance à abîmer le sol. « Dans ce cas, nous avons prévu un plan B. Nous attelons nos bennes sur un dolly derrière un tracteur. Chaussé de grosses roues, il est toujours prêt à dépanner. » François Cousin se rassure : « Sur une campagne sèche comme l’année dernière, il n’a servi que 150 heures. Mais cela pourrait se gâter lors d’une campagne humide. »

Une ensileuse à l’usage intensif

François Cousin a dû également s’équiper d’une ensileuse, fiable de préférence ! Car, selon son cahier des charges, il ne peut pas être immobilisé plus de quatre heures en période de récolte. Le choix s’est porté sur une Fendt Katana 65 de 650 chevaux, la seule de la région et la première à travailler en luzerne industrielle. Pour autant, il ne part pas totalement dans l’inconnu puisqu’il connaît son concessionnaire, situé à quelques kilomètres. « Avec les établissements Martel, je dispose d’un service réactif et d’une équipe motivée. On pourrait presque appeler jour et nuit ! » Second argument qui a pesé au moment de la décision : une seconde machine neuve est mise à disposition par Fendt en cas d’arrêt inopiné. Deux chauffeurs sont dédiés à la Katana et un troisième est prévu en dépannage. Les chauffeurs opèrent sur la machine par postes de 12 heures, de 7 à 19 heures et vice-versa. « Même tempo pour les autres postes, à la fauche ou aux bennes. On profite de l’arrivée deje sais que la nouvelle équipe pour faire le plein, l’entretien et souffler les machines. »

L’entretien de la Katana ne représente pas plus de quinze minutes par jour. « Il y a trois graisseurs, le filtre à air à souffler si besoin et, c’est tout ! » se réjouit l’entrepreneur, qui a en plus opté pour un contrat d’entretien prolongé à 5 000 heures. « Malgré tout, on sait qu’une machine ne peut pas faire la saison complète sans être arrêtée quelques jours, pour changer notamment les couteaux de rotor et de l’expulseur, les contre-couteaux, les roulements des rouleaux ameneurs, etc. On sait qu’ à mi-parcours, il faut s’arrêter. La première année, nous avions des tôles normales, mais cette année tout a été converti en HD, de l’entrée à la sortie de la machine. Ça devrait tenir toute la campagne. »

L’année dernière, l’arrivée d’un prototype Fendt avait permis de soulager l’ensileuse d’Agrico. Malgré un problème d’étanchéité au niveau des rouleaux d’alimentation, et quelques casses du vérin électrique servant au réglage automatique du contre-couteau, Agrico est satisfaite de son choix, à tel point qu’elle reconduit son achat. « Le fait de nous prêter une machine ne pouvait durer. Nous avons décidé d’en acheter une seconde. La nouvelle ira faire aussi de la récolte en méthanisation, pour quelques installations du coin. L’année prochaine, nous inverserons la charge de travail. La plus ancienne, qui aura 6 000 heures moteur, deviendra alors une machine de dépannage. »

Texte et photos: Mathieu Bonaventure

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