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« J’épands près de 40.000 tonnes de vinasse par an »

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Sous le hangar de l’exploitation familiale, typique de la région Troyenne sont hivernés les automoteurs de l’entreprise Agri Sol, en attendant la prochaine saison. Managée par Francis Berthelin, elle s’est spécialisée dans l’épandage de vinasse, un fertilisant issu de l’industrie betteravière, sous-produit de la distillation de la mélasse contenant notamment du sulfate d’ammoniac et de potassium.

C’est par le biais d’un ami, directeur betteravier à la distillerie Lesaffre & Cie de Buchères, au sud de Troyes dans l’Aube que le père de Francis trouve une voie de diversification à son exploitation en 1978. « L’usine disposait de ses propres tonnes mais recherchait un chauffeur et un tracteur pour épandre les vinasses » commente-t’il. C’est comme ça que démarre l’aventure pour les Berthelin, pionniers parmi les pionniers de l’épandage de vinasse. « Nous avons longtemps travaillé avec des ensembles tracteurs tonnes. » commente Francis. « Il n’y avait que ça de valable lorsque mon père a commencé l ’activité. Et au fur et à mesure que l ’activité a pris de l’ampleur, nous nous sommes équipés en conséquence. » Le père de Francis fait modifier un tombereau de chantier Terex par la société Panien, lui greffant une cuve de 18.000 litres, une rampe de 18 mètres et des pneus basse pression. Un appareil qui convenait bien pour une utilisation estivale. La période d’épandage se situant de juillet à août.

En 2000, malgré la reprise de la distillerie par Cristal Union, les Berthelin poursuivent la prestation d’épandage de vinasse et voient leur planning d’épandage s’allonger bien au-delà de cette période. « Un engin de BTP, c’est lourd ! Il a fallu nous adapter pour pouvoir débuter la saison dès février. » Francis acquit alors son premier auto- moteur Terra Gator en 2001, un 8103 à trois roues basse pression de conception américaine. Il a alors 8.000 tonnes de vinasse à épandre par an. Pêchant pour son manque de polyvalence et son poids, le Terex est peu à peu arrêté au profit en 2012, d’un second Terra Gator. « Le volume a épandre n’a cessé d’augmenter pour passer à 20.000 puis 40.000 tonnes aujourd’hui, ce qui correspond à environ 11.500 hectares épandus et près de 400 clients. C’est pourquoi devions acquérir un nouvel automoteur. » Mais cette fois-ci, les Berthelin ne peuvent renouveler leur confiance en leur marque habituelle.

Une solution qui rassure

En effet, coup de tonnerre dans le monde de l’épandage en 2014, AGCO ferme la ligne de production aux Pays Bas et décide de ne plus commercialiser ses automo- teurs en Europe. Il se pose alors la question pour les utilisateurs du suivi technique de leurs machines mais également de leur renouvellement. « Pour ne pas nous laisser orphelins, Ploeger a d’abord pris en charge le SAV et la fourniture des pièces de rechange des Terra Gator » se souvient Francis, qui utilise toujours son premier exemplaire. « Ils ont d’abord embauché des anciens de l’usine AGCO de Grubbenvorst puis un ancien com- mercial de Challenger en charge de notre secteur, que je connaissais déjà. Ça nous a rassuré lorsqu’ils ont présenté leur premier automoteur trois roues en 2017 ». L’année suivante, Francis et Hugo faisaient l’acquisition de ce modèle, un AT4103 qu’il a fallu adapter à leur activité. 

Motorisé par un 6 cylindres Scania de 9,3 litres, le Ploeger dispose une transmission à variation continue ZF et pour la vinasse, d’une cuve de 12.000 litres en acier inoxydable avec une rampe spécifique pouvant atteindre 18 ou 21 mètres. Sa pompe Borger a une capacité de 4 m³/min, ce qui permet de remplir l’appareil en trois minutes.
 

« Ploeger propose aussi un modèle de 8.000 litres, insuf- f isant en vinasse, car nous épandons à une moyenne de 3,35 tonnes par hectare et un modèle cinq roues, plus gros et moins maniable qui n’était pas encore proposé au catalogue ».

La vinasse est vendue « rendue racine », c’est-à-dire qu’elle est livrée à l’agriculteur en citerne au moment où il en a besoin, épandage compris. Ce sont les coo- pératives et la sucrerie qui démarchent les clients, libérant les Berthelin de la tâche commerciale. « Tout est centralisé par la sucrerie, qui nous redonne le listing clients et ensuite, c’est nous qui gérons. Je suis prestataire de services en tant qu’épandeur et nous sommes rémunérés par la sucrerie.»

La vinasse ne contenant ni métaux lourds, ni agents pathogènes est agréée en agriculture biologique, ce qui ouvre de nouvelles opportunités à ces entrepreneurs.
 

Agri Sol travaille dans un rayon géographique en moyenne de 50 km autour de son siège de Villemereuil dans l’Aube, mais parcoure jusqu’à 120 km, en direction de Sens, Auxerre, Tonnerre, Montereau Fault Yonne ou encore Brie Comte Robert. « Cela impose une certaine organisation et une grande fiabilité dans nos machines et nos équipes. » L’entreprise reconnaît cependant avoir de grandes difficultés à recruter. « J’ai deux saisonniers réguliers mais besoin de 5 au total. Pourtant le salaire me semble motivant - comptez entre 2500 et 3000 euros net par mois - et nous ne travaillons quasiment jamais le week-end sachant que nous dépendons des transporteurs. »

« Un chantier d ’épandage, c’est un binôme. Il y a un chauffeur et un chef de chantier qui repère les parcelles, réceptionne et oriente les camions et s’occupe de la logis- tique. Le chauffeur de l ’automoteur n’a qu’à tenir le volant, gérer son volume épandu et, c’est tout. C’est assez facile. Nous avons fait équiper nos machines de GPS John Deere pour l ’autoguidage et la coupure des tronçons. Les paramétrer est à la portée de tous. »

Un travail de préparation en amont

Agri Sol espérait au départ travailler seulement à deux appareils, avec le plus vieux en secours. Finalement, les fenêtres d’épandage étant courtes, les trois épandeurs tournent en saison.
 

Pour le chef de plaine, la saison doit commencer environ 4 jours avant le top départ. « Il doit anticiper, repérer les lieux et connaître les exigences du client, que ce soit le volume à épandre et la surface. » Ensuite se met en place le chantier et la logistique. « Il faut évidem- ment que tout soit clair avant que nous arrivions avec le matériel. » Le jour J, le chauffeur retrouve le chef de plaine vers 6 heures, puis le matériel prend la direction des champs. « Le challenge pour le chef de plaine est de guider le chauffeur de l ’automoteur et, pendant qu’il va épandre, d’aller repérer la parcelle suivante en même temps qu’il réceptionne les camions. Il doit constamment jongler, d’autant que ça va très vite ! » constate Francis Berthelin.

Pour se simplifier le travail, l’entreprise dispose d’un précieux outil de suivi du chantier. « La sucrerie nous met à disposition chaque année des tablettes avec le listing client, que nous complétons par les dosages et les superf i- cies à épandre. Une fois que la machine quitte la parcelle, le chauffeur valide le travail. Le client est alerté par sms. Je voudrais que les clients puissent à l ’avenir faire leur repérage sur un écran et pouvoir exporter ces infos à notre chef de plaine, pour mieux prévisualiser les parcelles, nous repérer et même assurer une parfaite traçabilité. »

Une nouvelle voie de diversification

« Au-delà de la diff iculté à recruter, nous cherchons à faire progresser nos activités et c’est pourquoi nous nous préparons à devenir acteurs dans le domaine de la métha- nisation et de la valorisation du digestat. » Agri Sol a acquis un Terra Gator 3244 un peu particulier car utilisé autrefois dans les travaux publics mais configuré pour l’épandage de lisier. « Unique en France, il correspond à notre usage à venir, car articulé et doté d’un relevage monté sur le pont arrière, il peut travailler en crabe afin de limiter le tassement et intervenir dans toutes les condi- tions, » se réjouit Francis. « La queue de carpe est révolue et le pendillard ne m’intéressent pas. Il faut savoir gérer les émissions ammoniacales et anticiper de futures règles environnementales. » L’entreprise dispose déjà d’un enfouisseur à dents et aimerait essayer un injecteur de prairie à disques. « C’est polyvalent car apte à intervenir sur  chaumes,  luzerne  ou  prairie.  Bien  sûr,  l ’enfouis- sage a un coût supplémentaire à un épandage classique, mais le digestat n’est pas un déchet. Il est impératif de le valoriser » commente Francis. « Nous en sommes à nos balbutiements. » En acquérant de l’expérience, l’en- treprise sait que le point noir sera la logistique « Ce n’est pas le même métier que la vinasse, mais il faut être également bons dans le ravitaillement de l’automoteur. C’est pourquoi nous continuerons à employer des camions, capables d’aller plus loin et plus rapidement. »

 

Texte et photos : Mathieu Bonaventure

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