Revenus 2026 – Dans la Marne, tous les céréaliers de nouveau déficitaires

Comme chaque année, la FDSEA51 Conseil AS entreprises, publie une étude prévisionnelle portant sur les des résultats économiques des exploitations céréalières marnaises. Par extrapolation, elle permet de comprendre l’évolution des résultats des producteurs de céréales français.
En 2026, ces derniers sont toujours été victimes de l’effet ciseaux prix-charges, mais ils endurent aussi un effondrement de leurs rendements.

Cet automne, les prix de vente sortie ferme des céréales, des betteraves, des oléo-protéagineux et des pommes de terre sont supérieurs à leur prix de revient, selon une étude réalisée par la FDSEA Conseil AS entreprises. Le colza fait exception.

En 2026, le rendement de 3,90 tonnes par hectare et le prix de vente moyen retenu par l’étude de 520 €/t rendent la culture rentable.

Mais le prix de vente des pois équivaut à 23% du prix de revient car le rendement moyen de 2 tonnes par hectare, inférieur cette année de moitié à l’objectif de campagne, plombe le résultat.

Aussi, la tonne de pois coûte 942 € à produire alors que son prix de vente moyen serait de 220 € cette campagne-ci (chiffres retenus début septembre 2026).

coûts de revient

En maïs, le ratio est de 35 %. Le rendement de 3 tonnes par hectare est inférieur de 5,5 tonnes à l’objectif fixé. Aussi, chaque tonne de grains revient à 575 €.

Les prix de revient des productions les plus proches de leurs prix de vente sont ceux du blé, de l’orge d’hiver et du tournesol. Pour autant, les céréaliers ne couvriraient que 80 % de leur prix vente.

Quant aux plantations betteravières, le prix de revient estimé en début de campagne est de 37 €/t pour un rendement de 90 t si planter un hectare coûte 3 300 € environ. Mais il passe à près de 55 €/t, dans l’hypothèse d’un rendement de 60t/ha. Or ce prix de revient est bien supérieur au prix de la tonne de betteraves payée.

De même, en engageant 3 879 €/ha de trésorerie, le prix de revient de 43 €/t pour un rendement de 90t/ha. Mais il passe à 65 €/t si le rendement chute à 60 tonnes par hectare.

Seuls les planteurs dépensant seulement 2 307 €/ha pour semer leurs champs de betteraves parviennent cette année à avoir un coût de production dans la moyenne des années passées (37 €/t) même avec une chute de rendement de 30 t/ha.

betteraves

Or en Champagne crayeuse, le revenu des planteurs dépend en grande partie de cette culture. Entre 2021-2026, la marge nette (640 €/ha) est quatre fois supérieure à celle du blé, de l’orge de printemps et trois fois celle de la luzerne.

« Les mois à venir peuvent toutefois corriger ces prévisions de prix de vente et les transformer en opportunités ou en menaces ! », souligne cependant Olivier Josselin, de la FDSEA51 Conseil AS entreprises. A la fin du mois de septembre, la tonne de maïs valait plus de 270 € sur le marché de Bordeaux. Or le prix de vente retenu dans son étude est de 195 €/t (prix en vigueur au début du mois de septembre).

A l’échelle départementale, le revenu disponible des agriculteurs marnais serait de -70 €/ha.

En fait, les annuités équivalent à 164 % de l’EBE alors que ce dernier ne devrait pas excéder 45-50 % en moyenne. Et les aides Pac (220 €/ha) sont employées pour régler les charges de l’exploitation.

Ces estimations ne reposent que sur l’activité agricole proprement dite. Elles ne prennent pas en compte les activités de diversification des céréaliers (éolien, photovoltaïsme, etc…)

Mais comment expliquer ces résultats?

La chute des revenus observée depuis 2023 est d’abord liée à une hausse massive des charges qui échappe en grande partie aux agriculteurs. Ils n’ont pas la main sur les cours des engrais et des produits pétroliers notamment.

Cette année, les résultats de l’étude de la FDSEA51 Conseil AS entreprises illustrent non seulement cet effet ciseaux prix-charges auquel sont soumis les agriculteurs marnais mais aussi l’ensemble des céréaliers hexagonaux.

cr

A l’hectare, l’excédent brut d’exploitation (155 €) équivaut à 8 % du chiffre d’affaires réalisé.

En conséquence, il est inférieur aux amortissements (246 €/ha) et aux frais financiers (21 €/ha). Aussi le revenu par hectare de la ferme « Marne Grandes cultures » est en moyenne de -80 €/ha.

Hors aides Pac, le produit moyen à l’hectare de 1617 €, est insuffisant pour régler des charges d’approvisionnement (756 €/ha) et surtout des charges de structure (hors amortissement et frais financiers de 1 019 €/ha).

La moitié de ces charges d’approvisionnement sont des engrais puisqu’entre les mois de janvier 2020 et août 2026, le prix de l’azote a été multiplié par trois.

Il y a six ans, la tonne d’azote valait environ 89 % le prix de la tonne de blé alors qu’en août 2026, elle équivalait à 2,29 fois. Entre temps, le prix de l’azote avait triplé.

Or le cours du blé n’avait entre-temps progressé que de 20 % (+35 €/t) selon la FDSEA 51 Conseils AS entreprises.

A l’échelle de ses petites régions, le département de la Marne est à la fois représentatif des départements français à haut potentiel et des zones intermédiaires. En effet, la Champagne crayeuse est entre autres cernée par la Brie à l’ouest et par l’Argonne et le Perthois à l’est.

En Champagne crayeuse, FDSEA51 Conseil AS Entreprises estimait le revenu par hectare entre – 100 €/ha et -50 €/ha au sud du département et entre -50 €/ha et +50 €/ha au nord.

Les charges totales par hectare sont passées de 1630 €/ha en moyenne entre 2016-2021 à 2110 €/ha entre 2022 et 2026.

Or ni les rendements, ni les prix des produits agricoles n’ont permis de compenser cette hausse de près de 500 €/ha.

ecarts 500 €

A l’est et à l’ouest de la Marne, l’EBE moyen par ha est deux fois plus élevé qu’en Champagne crayeuse (respectivement autour de 321 €/ha et 369 €/ha) mais les revenus voisinent autour de -50 €/ha et +50 €/ha.

En fait, le chiffre d’affaires par hectare est similaire à l’an passé (autour de 1780 €/ha et 1900 €/ha). Mais comme l’assolement des exploitations de ces petites régions repose essentiellement sur des cultures d’hiver, les céréales et colza plantés étaient déjà très bien développés quand les premières vagues de canicules se sont répandues sur l’ensemble du territoire hexagonal.