Apiculture : l’Api’Week met en lumière une filière sous pression climatique

À l’occasion de l’Api’Week, InterApi alerte sur les effets croissants des fortes chaleurs sur les abeilles et les récoltes. En 2026, la production française de miel est estimée à 33 700 tonnes, en recul de 2,5 % sur un an.

©DR

Du 2 au 11 octobre, l’Api’Week donne rendez-vous au grand public partout en France pour faire découvrir les métiers de l’apiculture, les produits de la ruche et les enjeux auxquels la filière est confrontée. Pour cette 6e édition, plus de 330 événements sont programmés : visites de ruchers et de mielleries, dégustations, ateliers pédagogiques ou rencontres avec les professionnels.

Portée par InterApi, l’interprofession des produits de la ruche, l’opération veut aussi rappeler le rôle essentiel des abeilles dans la pollinisation et la biodiversité, dans un contexte où le dérèglement climatique pèse de plus en plus sur les colonies et les récoltes.

« Les canicules de cet été 2026 en donnent une illustration concrète », souligne Éric Lelong, président d’InterApi. Face aux fortes chaleurs, les abeilles consacrent davantage d’énergie à la thermorégulation des colonies et ralentissent leur activité de butinage. La chaleur et le manque d’eau peuvent parallèlement perturber les floraisons et réduire les ressources disponibles en nectar. Pour certains apiculteurs, les pertes peuvent atteindre un tiers de la production. Au-delà de 40 °C, des pertes de couvain, de reines ou d’essaims peuvent également survenir dans les situations les plus extrêmes.

Les estimations publiées par InterApi début octobre confirment une campagne contrastée. Selon une enquête réalisée par Agrex Consulting auprès de 986 apiculteurs, la production française de miel atteindrait environ 33 700 tonnes en 2026, soit un recul de 2,5 % par rapport à 2025. Ce volume resterait toutefois supérieur à la moyenne des dix dernières années.

Le début de campagne avait pourtant été favorable. La production de miel de printemps atteindrait près de 8 084 tonnes, en hausse d’environ 66 % sur un an, et celle de colza environ 3 447 tonnes, soit une progression de plus de 40 %. Ces résultats ont amorti, sans le compenser totalement, le recul de plusieurs miellées estivales, notamment celles d’acacia, de lavande, de tilleul et de forêt.

À partir de juin, les pics de chaleur ont notamment pénalisé le tournesol et la lavande. Sous l’effet de la chaleur précoce, de la sécheresse et d’une floraison écourtée, la production de miel de lavande serait limitée à environ 400 tonnes, contre près de 1 500 tonnes lors des bonnes années. Le tournesol ne représenterait quant à lui que 3,5 % de la production nationale.

Face à ces bouleversements, les apiculteurs adaptent leurs pratiques : points d’eau, ombrage, ventilation et isolation des ruches, évolution des pratiques de transhumance ou recherche de nouvelles ressources mellifères. InterApi évoque aussi une possible évolution du calendrier des miellées, avec des floraisons plus précoces et un creux estival plus marqué.

Pour l’interprofession, l’enjeu dépasse largement la seule production de miel. « Préserver les abeilles et l’activité des apiculteurs, c’est préserver bien plus que le miel », rappelle Éric Lelong. Le butinage contribue en effet à la pollinisation de nombreuses cultures ainsi qu’à la reproduction des plantes sauvages. Il joue ainsi un rôle essentiel pour les écosystèmes, la biodiversité et une partie de la production agricole.

Alors que l’Api’Week se poursuit jusqu’au 11 octobre, l’objectif est donc aussi de sensibiliser aux enjeux d’une filière dont l’activité dépend étroitement des floraisons et des conditions météorologiques, mais dont le rôle dépasse largement la seule production de miel.