Vous avez une question ?Ou vous êtes expert dans votre domaine.
Rejoignez une communauté activedans le domaine de l’agriculture !
4431 MembresCréer un compte

Une puissance agricole peut-elle se passer de la recherche ?

Home_big_gil_kress_modif

La demande mondiale croissante de produits alimentaires et d’autres produits issus de la biomasse d’ici 2050 est une chance pour notre agriculture qui possède un potentiel agricole exceptionnel avec encore de belles marges de progression de sa productivité. La mondialisation des échanges agricoles constitue un atout géopolitique pour la France compte tenu de ses infrastructures portuaires, ses capacités de stockage, ses structures de commercialisation. Les capacités exportatrices de notre agriculture sont une bénédiction pour notre balance commerciale dramatiquement déficitaire. Notre industrie agroalimentaire apporte une valeur ajoutée à nos productions agricoles qui est productive d’emplois sur le territoire et qui fait notre réputation dans le monde entier. L’agriculture redevient ainsi un secteur stratégique pour l’avenir de notre pays.

Mais au-delà de ce défi pour notre pays de contribuer à la sécurité alimentaire du monde, notre agriculture est aussi confrontée à quatre autres défis tout aussi stratégiques : conserver sa compétitivité ou la reconquérir selon les filières, répondre aux nouvelles attentes des consommateurs, et pas seulement des français, préserver la qualité de notre environnement et enfin mettre en place des systèmes de production moins gourmands en énergie fossile et en intrants chimiques de synthèse.

Peut on imaginer de grandes mutations sans innovations et sans recherche ?

Le ministre de l’Agriculture semble avoir tout compris puisqu’il ambitionne avec sa loi d’avenir de l’agriculture de faire de la France à la fois « une puissance agricole et agroalimentaire » et « un modèle de l’agroécologie ». C’est un projet ambitieux et séduisant mais qui annonce de grandes mutations pour notre agriculture et nos industries agroalimentaires.

Mais peut-on imaginer ces changements sans innovations ? Et pense-t-on être capable d’innover sans continuer à investir dans la recherche fondamentale et la recherche appliquée ? Ce facteur de succès semble évident pour tous les secteurs de notre économie. Il a été longtemps prôné pour notre agriculture. Nous avons ainsi créé l’INRA qui est devenu le plus grand centre de recherche européen pour l’agriculture. Mais assiste-t-on à un changement des mentalités sous l’influence d’une remise en cause des progrès de la recherche et de la montée en puissance d’un état d’esprit régressif et passéiste sur notre modèle de développement agricole ?

On constate en effet que la recherche est totalement absente de la « loi d’avenir » sur l’agriculture qui sera soumise prochainement au vote de nos parlementaires. Comment envisager un futur à une activité productive confrontée à une concurrence mondiale sans investir dans la recherche et l’innovation ? Comment justifier un tel mépris pour la recherche alors que notre pays dispose encore d’un potentiel de compétences exceptionnel, mais pour combien de temps encore ?

Les biotechnologies végétales condamnées ?

Par ailleurs nos gouvernements successifs ont interdit de fait, en France, de nombreux travaux de la recherche publique ou privée dans les biotechnologies végétales, non pour des raisons scientifiques mais pour des raisons sociétales ou politiques. Pourtant de très nombreux pays agricoles « développés » comme des pays dits « émergents », ont fait, à l’inverse de notre pays, le choix de mettre en œuvre des programmes de Recherche et Développement extrêmement ambitieux dans le domaine des biotechnologies végétales.

Refuser les outils modernes de la recherche pour développer notre agriculture serait condamner notre pays à abandonner des ambitions légitimes et à redevenir ainsi un « petit pays » agricole, sans puissance et sans influence.

En d’autres termes on ne peut pas à la fois promouvoir pour notre agriculture de grandes ambitions en valorisant la diversité de nos modèles agricoles comme le souhaite le ministre de l’Agriculture et handicaper la composante la plus productive de cette diversité. Osons espérer, au moins, que ce n’est pas l’ambition cachée de ceux qui nous gouvernent.

Réagissez à l'article en un clic

  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
  • 0
Voir plus d'actualités sur les dossiers suivants
Auteur : Kressmann Gil
Thumb_gil_kress_modif

Consultant en communication Administrateur de l'AFBV Membre de l'Académie d'agriculture de France

  • Vous aimerez également
  • Home_v_ronique_le_floch_sg_cr

    Voter le CETA, c'est sacrifier les producteurs européens et canadiens au profit de multinationales

    Le vote pour la ratification par la France du CETA, accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada, doit avoir lieu ce 23 juillet à l'Assembl&eacut...

  • Home_herv__coupeau_indre

    Et pendant ce temps, les Chinois achètent nos terres du Berry

    Hervé Coupeau, agriculteur dans l’Indre, s’est exprimé récemment dans l’émission C dans l’air, sur France 5, sur l’a...

  • Home_carte_fermes_usines_greenpeace

    Greenpeace en mode hors-piste

    Greenpeace vient de publier une cartographie des "fermes-usines" sur le territoire national. Cette publication suscite beaucoup d’émoi au sein du monde...

  • Home_usine_frangosul_doux_br_sil

    Pourquoi la fin du volailler Doux est une injustice sociale

    Le volailler français Doux, qui a compté jusqu’à 13 000 salariés en France et dans le monde, a définitivement fermé ses portes...

  • Home_cerises_drosophile_suzukii

    Le temps des cerises, en France, c'était avant...

    Jérôme Mazely, arboriculteur des Bouches-du-Rhône (entre autres producteur de cerises) avait été l'auteur d'une tribune prémon...

  • Home_michel_dantin_pac_2020

    Une ambition politique et commune pour l'agriculture européenne

    Tribune de Michel Dantin     La sécurité alimentaire constitue depuis cinquante-cinq ans le cœur de la souveraineté europ&eac...

  • Home_earl_payssas_-_maurin_olivier_tribune_wikiagri

    Nicolas Hulot, vous ne serez pas le ministre qui aura la peau des bergers !

    A l’issue de 30 jours de dialogue avec les acteurs des filières d’élevage ovin, bovin, et équin ainsi qu’avec les associations de d&eac...

  • Home_fraternit__paysan_citadin

    Et si l'agribashing n'existait pas ?

    Et si, au lieu de qualifier du terme « agribashing » toutes les critiques sur l’agriculture, il fallait au contraire relativiser le phénom&...

  • 1Commentaire
  • #1

    agro-écologie ne veut pas dire agriculture passeïste sans recherche c'est justement ce modèle qui demande le plus d'effort d'innovation au agriculteur. le modèle de soumissions des agriculteurs a des techniques développées contre leurs intérêt arrive a terme. De nouvelles techniques agronomique metttent le sol et l'intelligence de chaque cultivateur au cœur des processus de prodution . l'avenir n'est pas la suite du passé.

    en tant d'administrateur de la SAF vous devriez vous réjouir de ces changements.

Donnez votre avis

Pour répondre à ce salon sans Facebook, connectez-vous ou inscrivez-vous sur Wikiagri.

Rejoignez la communauté des agri-décideurs

  • Accéder aux articles bloqués
  • Recevez l'actualité agricole
  • Recevez des alertes météo
Créer Un Compte Gratuit