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"Salle de traite", la pièce de théâtre sur le suicide d'un éleveur laitier

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Une pièce de théâtre devenue un ouvrage dépeint avec réalisme l'engrenage qui conduit un éleveur laitier jusqu'au suicide. Cette fiction inspirée d'un fait réel est rédigée par une artiste parisienne, Rebecca Vaissermann.

Rebecca Vaissermann est parisienne, a priori culturellement plus proche des "bobos qui savent tout" que des vérités du terrain rural. Elle a 27 ans, et l'on pourrait croire qu'elle manque d'expérience et de maturité pour aborder des sujets aussi lourds que le suicide paysan. Et pourtant. Sa pièce de théâtre, "Salle de traite", est d'une observation si fine que l'on croirait son auteure née dans une étable. Elle est si bouleversante que l'on perçoit qu'à 27 ans, elle a déjà beaucoup vécu...

La pièce est directe, elle met en scène les personnages principaux de l'intrigue, aucun autre. Pas de fioriture. Son écriture ne mentionne pas de détails de mise en scène ou de décors. Mais on imagine ceux-ci forcément dépouillés, simples, appelant à se retrouver de plain pied dans la fameuse salle de traite, ou dans les autres scènes.

Un créancier insensible et abject

Les personnages sont à la portée d'une troupe théâtrale, bien sûr l'auteure baigne dans ce domaine. L'éleveur (avec ses interrogations, son cheminement jusqu'aux dernières extrémités), ses vaches (mais oui, elles s'expriment ! Et cette manière de donner la parole aux bêtes ajoute de la profondeur au propos, leur opinion compte aussi dans le drame qui se dénoue), le créancier (plus abject qu'insensible, ou l'inverse), deux touristes de passage (et leurs a priori bien-pensants sur l'activité agricole), un groupe de paysans (prêts à manifester leur colère), un groupe d'employés de l'abattoir (toute la chaine subit l'inhumanité de la situation), et puis Mathilde (l'épouse, réelle ou irréelle, l'accompagnatrice des pensées de l'éleveur)...

Cette pièce, écrite en 2017, vient de sortir sous forme littéraire, aux éditions Koïnè. Ce livre, court (le style théâtral avec les dialogues directs s'y prête) mais dense en émotions et riche en références aux évolutions de notre époque, est donc l'émanation de Rebecca Vaissermann, à la fois auteure (romans, théâtre), comédienne (théâtre), co-organisatrice d'un festival de théâtre de plein air en août à Olmeto (Corse). Au-delà de son contenu, cet ouvrage est intéressant par la personnalité de son auteure. Bien sûr, elle a de la famille proche du milieu agricole (dans le Sud-Ouest de la France) et n'est donc pas complètement ignare sur le sujet à la base. Mais pour autant, le fait qu'un représentant du monde culturel parisien s'empare du suicide agricole au point d'en tirer une fiction à ce point réaliste montre que le sujet ne laisse plus indifférent.

A l'origine de la fiction, un fait réel

Au fait, quel est le point de départ de cette appropriation d'une telle problématique ? "Je regardais une chaine télévisée d'informations en continu, répond Rebecca Vaissermann à WikiAgri. Pas que je sois imprégnée de ces informations répétitives, mais je trouve que, d'un point de vue sociologique, on y trouve les évolutions de notre société. Or, au milieu d'autres informations, uniquement sur la bande passante en bas de l'écran, est passée cette information : "Une agricultrice s'est suicidée dans sa salle de traite". Sans autre précision. Sans sujet journalistique développé. Ça m'a frappé. J'ai trouvé cela tellement incroyable que l'on puisse aller jusqu'au suicide et que cela ne suscite qu'un sous-titre de trois secondes de passage sur un écran..." D'où le titre de la pièce "La salle de traite". Et la fiction qu'elle a imaginée derrière.

L'ouvrage tiré de la pièce est sorti début mars... Juste avant le confinement. C'est donc seulement maintenant que le public commence à le découvrir. Cette parution pourrait donner vie à la pièce. Si l'auteure a déjà publié d'autres romans, elle doit encore gagner en notoriété pour aller au bout de ses projets. "Pour le moment, j'ai prévu des lectures privées de passages du livre, en différents endroits", précise-t-elle encore. C'est un début. Pour la suite, on ne peut que souhaiter qu'elle trouve le moyen de monter la pièce sur une scène. La trame est écrite, il manque une mise en scène et une troupe. Et bien sûr un contrat.

Son appréhension, humaine et observatrice, mérite assurément l'attention d'un large public (rural ou, comme elle, ouverte au monde rural), mais aussi d'une troupe s'appropriant son texte...

Vidéo, Rebecca Vaissermann lit un passage de "Salle de traite"

Où se procurer "Salle de traite" ?

"Salle de traite" est vendu 10 € aux éditions Koïnè. Lien vers l'éditeur (puis sa boutique en ligne) : https://www.edition-koine.fr/rebecca-vaissermann/salle-de-traite.
 

En savoir plus : https://www.edition-koine.fr (site internet de l'éditeur, les éditions Koïnè) ; https://www.facebook.com/Editions-Koinè-375651889138693 (page Facebook de l'éditeur) ; https://www.youtube.com/channel/UCLsvTp3t6ouKPrXlRTU41pQ (chaine Youtube de l'éditeur).
 

Ci-dessous, copie d'écran de Rebecca Vaissermann lisant un passage de son texte. Suivie de la couverture de son livre.

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Auteur : Jeandey Antoine
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Journaliste professionnel depuis 1987. Rédacteur en chef de WikiAgri depuis sa création, en janvier 2012. Par ailleurs élu, adjoint au maire de Chaudon (comm...

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  • 1Commentaire
  • #1

    75% de la population vit en ville en complète déconnexion avec la Terre ... de véritables extra-terrestres qui donnent des milliards pour chercher des traces de vie sur Mars sans se rendre compte que ce sont les villes qui massacrent les ressources de la planète Terre ! quand on envoie une sonde sur une autre planète on cherche des traces d'eau (pas d'eau pas de vie possible), si on envoyait les mêmes sondes dans nos champs l'été elle ne trouverait pas d'eau et on en confluerait qu'il n'y a pas de vie ... ce sont les villes qui épuisent les ressources en eau des campagnes et non pas l'inverse ... un champs irrigué ne pourra jamais utiliser plus d'eau qu'il n'a reçu de pluie ! la végétation ne consomme pas d'eau, elle apporte des pluies dans un rapport 2/3 1/3, 2 litres d'eau évaporés = 3 litres de pluie, le bilan hydrique de la végétation est toujours positif ! 70% des pluies continentales proviennent de l'évapotranspiration et seulement 30% de l'évaporation en mer ! Ce n'est pas l'irrigation qui assèche les rivières mais les villes qui ne recyclent pas l'eau dans les sols ! https://www.mediaterre.org/actu,20200503184212,1.html

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