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Les industries agro-alimentaires bientôt à l’arrêt?

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Les industries privées et les coopératives de l’agro-alimentaire  sont face aux murs de l’énergie, de l’inflation et de l’emploi. Au prix actuels du gaz et de l’électricité, certaines usines pourraient être contraintes de cesser leurs activités, ce qui aboutirait à la destruction des produits agricoles livrés.

Dans l’industrie agro-alimentaire, tous les vents sont en sens contraire. Les entreprises font face à une conjoncture inédite depuis plus de 40 ans. La sécheresse pénalise la production agricole en quantité et en qualité. L’inflation n’épargne aucun poste de charges. Et des dizaines de milliers de postes de travail ne sont pas pourvus.

Cette année, moins de légumes, de céréales, de pommes de terre et de lait sont produits et livrés. Aussi, des usines vont devoir fonctionner en sous capacité, générant des surcoûts.

Par ailleurs, l’industrie agroalimentaire de la première transformation, particulièrement énergivore, redoute de devoir mettre à l’arrêt quelques usines.

L’industrie laitière est prise en étau. Sans plafonnement temporaire du prix du gaz, certaines entreprises pourraient cesser leur activité et ne plus collecter de lait. Mais ce sont aussi les prix de l’emballage et la logistique qui flambent en cette période de rentrée.

La saison betteravière a débuté plus tôt pour que les sucreries ne manquent pas de gaz.

Ces entreprises sont incapables de répercuter les prix de l’énergie consommée dans les prix de vente des produits transformés. Les factures de gaz et d’électricité sont multipliées par trois, quatre ou cinq en un an. Leurs montants sont parfois supérieurs à l’excédent brut d’exploitation et bien sûr aux bénéfices dégagés.

« Comment répondre à l’angoisse d’un patron de PME qui, en 2021 payait 2,5 millions d’euros au titre de l’énergie, qui en paye… 6,5 millions en 2022 et qui en payera… 14 millions en 2023 ? Quelles réponses lui apporter ? A aujourd’hui nous n’en avons pas… », déclare Jean-Philippe André, Président de l’Association nationale des industrie agro-alimentaires.

Selon une enquête ANIA, les hausses de prix de l’énergie impactent très fortement les entreprises dont la part de l’énergie dans le chiffre d’affaires passe de 3% en 2020 et 2021 à plus de 5% en 2022. Ces hausses entraineraient, à minima, des reports sur les investissements à court et moyen termes et au pire des questions de pérennité.

« Les nouveaux tarifs 2023 des contrats d’énergie s’envolent, avec un prix de l’énergie 20 fois plus élevé pour le gaz et 10 fois plus pour l’électricité qu’avant la crise énergétique », souligne encore l’ANIA.

Pour aborder sereinement l’hiver, la FNIL et la Coopération demandent dans un premier temps le plafonnement en urgence et temporaire des prix de l’énergie pour les entreprises et un élargissement des critères d’éligibilité au plan de résilience. Sur les 3 milliards d’euros disponibles, seuls 50 millions d’euros ont été alloués !

« Il est plus que nécessaire d’agir et de reconnaitre le secteur industriel laitier et agroalimentaire comme prioritaire dans les dispositifs d’aide pour l’énergie », a déclaré FrançoisXavier Huart.

Des délestages en vue

Les coopératives et les industries laitières de la Fédération nationale de l’industrie laitière pensent être exemptées de délestages car l’ensemble des filières agricoles serait alors pénalisé. Les produits agricoles (lait, légumes, pommes de terre etc.) dépériraient. Par ailleurs, les entreprises de la seconde transformation et la grande distribution ne seraient plus approvisionnées.

Selon la FNIL, une baisse de 10 % des livraisons de gaz empêcherait les industries de fonctionner. Plus de moitié des 11 milliards de litres livrés ne serait alors plus collectée !  Le même type de raisonnement pourrait être tenu dans l’industrie de la frite, du sucre ou de la conserve.

Face à ce mur de l’inflation, la coopération française et la Fédération nationale des industries laitières (FNIL) souhaitent que la temporalité des négociations commerciales soit revue. Les entreprises doivent pouvoir répercuter la hausse de leurs coûts de production automatiquement.

La coopération française souhaite aussi la mise en place d’un moratoire sur les pénalités logistiques.

Dans l’urgence, la FNIL dont ses membres livrent des produits laitiers à la grande distribution, demande en urgence l’ouverture d’un troisième round de négociations pour obtenir de nouvelles augmentations de prix. Sa centaine d’adhérents ne peut pas attendre le prochain cycle annuel de négociations de la fin de l’année pour obtenir gain de cause.

Jusqu’à présent, les augmentations de prix obtenues aux termes des deux précédents rounds étaient inférieures de moitié aux revendications initiales (6 % en juillet alors que la demande était de d’au mois 12 %).

Changer de modèle de négociations

Tous secteurs confondus, « la majorité des entreprises agroalimentaires sont retournées en renégociations commerciales avec leurs clients distributeurs car elles ne peuvent plus assumer seules ces hausses, explique l’Ania. Mais à la fin du mois d’août dernier, 45% de ces entreprises n’ont toujours pas terminé l’ensemble de leurs renégociations. La grande distribution reste sourde et ne prend toujours pas en compte la totalité des besoins des entreprises ».

François Xavier Huart, président-directeur général de la FNIL, plaide la fin de ces négociations commerciales annuelles sous leur forme actuelle, génératrices de frustrations. « Telles qu’elles se pratiquent, elles ne font que des perdants »,  affirme t-il. 

Sa préférence porte sur le modèle de négociations à l’allemande, assis sur des rencontres régulières entre industriels et grande distribution. Il est très efficace pour répercuter toute variation de coûts de fabrication des produits transformés.

Mais cela suppose que les partenaires aient mutuellement confiance entre eux.

Quant à l’emploi, la réforme de l’assurance chômage pourra être un levier pour inciter des actifs à retrouver le chemin de l’emploi. L’absence de chauffeur pour collecter le lait dans les fermes pose des problèmes logistiques aussi importants qu’un rationnement de l’énergie faute de gaz ou d’électricité suffisants. Mais la filière agroalimentaire manque d’attractivité et depuis quelques années, il n’y a plus de hordes de chômeurs dans les zones rurales.

L’industrie agroalimentaire est la première industrie française. Sa spécificité est d’être localisée sur tout le territoire. Au cours des douze derniers mois (d’août 2021 à juillet 2022), 58 milliards d’euros de produits transformés ont été exportés, un montant en hausse de 15 % sur un an. Le solde commercial est de 6,7 milliards d’euros.

Légende photo:Zone industrielle, Canalisations en acier et équipements en énergie thermique (@Wawritto).

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Auteur : Hénin Frédéric
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