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Les agriculteurs et la Commission européenne vivent-ils sur la même planète ?

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Elaborée en 2018 et seulement mise en application au début de l’année prochaine, la nouvelle Pac n’est pas du tout en phase avec le monde agricole et la succession de plaies qui s’abat sur le monde agricole européen depuis trois ans: crise de la covid, sécheresse, confit en Ukraine, pénuries, flambée des prix de l’énergie et des intrants etc.

 

« Les agriculteurs européens vivent un moment difficile », a déclaré Christiane Lambert, présidente du Copa-Cogeca. A Bruxelles le 12 septembre dernier, elle pilotait la conférence de rentrée de l’instance représentative des syndicats agricoles majoritaires des vingt-sept pays de l’Union européenne, dont est membre la FNSEA. Et les propos tenus par leurs responsables permettent d’avoir une idée de l’état d’esprit avec lequel les agriculteurs européens affrontent la nouvelle campagne 2022-2023, après des mois d’une sécheresse qui n’en finit pas.

Lorsque la pluie sera revenue dans toutes les régions, « elle ne résoudra pas tous les problèmes », a déclaré Ramon Amengol, vice président du Copa-cogeca.

Au niveau économique, la baisse des rendements et l’augmentation des charges mettent à mal les marges des éleveurs et des agriculteurs européens.  

« Les prix sont élevés mais ce sont les marges qu’il faut regarder, explique le vice président du Cogeca. Les besoins de trésorerie des agriculteurs sont importants alors que les taux d’intérêt remontent ». Les agriculteurs redoutent l’effet ciseaux avec des coûts de production qui croissent plus vite que les prix de vente des produits agricoles.

La souveraineté alimentaire de l’Union européenne est très fragile. En cette période de conflit et de sécheresse, l’Union européenne doit d’abord compter sur elle-même pour s’approvisionner.

Or la production française de maïs sera une des plus faibles de ces dernières années (environ 10,5 Mt), ce qui rendra l’Union européenne plus dépendante qu’à l’accoutumée des importations de la céréale en provenance de pays tiers.

Selon l’USDA, les Vingt-sept devront acheter 58,8 MT (rapport publié le 13 septembre 2022). Ensemble, ils importeront 19 Mt alors que la production mondiale de maïs sera déficitaire.

Selon le bulletin JRC Mars de la Commission européenne, les rendements en maïs grains baisseraient de 16 %. En France, des pertes de rendement de plus de 50 % ne sont pas exclues dans les exploitations où la culture de maïs n’est pas irriguée. 

Le Copa-Cogeca relaie les revendications des syndicats nationaux des pays membres de l’Union européenne auprès des instances européennes. Une grande partie des problèmes des agriculteurs français sont communs à leurs collègues européens.

Faute de précipitations, les agriculteurs européens rencontreraient ainsi des difficultés pour implanter des CIPAN. Il faut que la Commission européenne en prenne conscience, estime le Copa-Cogeca.

Une pénurie en vue

« La situation appelle à réajuster les objectifs de la politiques agricole, environnementale et sanitaire de la Commission européenne pour répondre aux nouveaux enjeux urgents d’approvisionnement en intrants, de ressource en eau et d’énergie », explique Ramon Amengol.

Une pénurie d’engrais pénalisera les prochaines récoltes. Les agriculteurs européens redoutent d’être seuls pour la gérer et pour en supporter intégralement le coût.

Par ailleurs, la plupart d’entre eux ne connait pas les règles de la prochaine Pac alors qu’ils doivent implanter leurs céréales d’hiver. Seuls le Danemark, la Finlande, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande ont vu leur plan stratégique national approuvés par la Commission européenne. Vingt pays attendent donc le verdict de la Commission européenne.

Mais surtout, ces plans stratégiques nationaux ont tous été élaborés avant que ne survienne le conflit en Ukraine et bien sûr la sécheresse qui n’a épargné aucun pays européen.

Aussi, le Copa Cogeca déplore que la Commission européenne maintienne coûte que coûte son cap alors qu’il est évident que la Pac n’est pas en phase avec la conjoncture actuelle de crise.

« Pas d’interdiction sans solution »

Pour le Copa Cogeca, les objectifs de la stratégie Farm to Fork affectent le potentiel de production de l’Union européenne. A terme, elle pourrait être condamnée à importer les produits que les Vingt-sept ne produiraient plus pour atteindre la neutralité carbone.

Le Copa-Cogeca demande des mesures qui facilitent l’activité des agriculteurs sur leur exploitation et de cesser d’en imposer qui les pénalisent.

Par exemple, il est temps de revoir la classification des animaux protégés qui empêche de lutter contre les grands prédateurs (loup, ours).

« Pas d’interdiction sans solution ». La directive sur l’utilisation durable des pesticides (SUD, Sustainable Use of Pesticide Directive) promouvant  des alternatives à l’utilisation de pesticides ne prend pas en compte l’évolution de la recherche et de solutions alternatives.

Aussi, les autorisations de mise sur le marché des matières actives doivent être prorogées si aucune molécule efficace n’est en mesure de remplacer celle qui vouée à être condamnée.

Le Copa Cogeca exige que chaque nouvelle mesure prise soit chiffrée. En pleine crise énergétique, le Copa-Cogeca ne comprend pas la remise en cause des objectifs d’incorporation de 7 % des biocarburants alors qu’une filière européenne a été en place et contribue par contrecoup à réduire la dépendance en protéines végétales.

D’ici 2050, ce n’est pas tant l’objectif de neutralité carbone qui est remis en cause mais la voie prodiguée, en total décalage avec encore une fois le nouveau contexte géopolitique.

Pour le Copa-Cogeca, il faut reconsidérer la directive sud qui a pour objectif de parvenir à un niveau élevé de protection de l'environnement en réduisant massivement, entre autres, les émissions de gaz à effet de serre.  Selon l’organisation, les objectifs écologiques de la Commission européenne mettent en danger la souveraineté alimentaire.

En production animale, l’application de cette directive conduirait à la suppression d’une grande partie des filières d’élevage. La filière porcine ne résisterait pas à une diminution par treize de ses émissions de gaz à effet de serre. On ne sait pas encore produire des porcs dont le bilan carbone serait 13 fois inférieur au bilan actuel.

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Auteur : Hénin Frédéric
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  • 1Commentaire
  • #1

    on peut faire des économies sur tous les usages de l'eau mais JAMAIS sur l'environnement donc jamais sur l'agriculture, quand les sols sèchent la végétation sèche, le cycle de l'eau se coupe, les températures montent et ça brule ... Il ne faut surtout pas chercher à limiter l'évapotranspiration mais au contraire l'augmenter massivement pour retrouver le taux d’évaporation des forêts de feuillus ... une continuité végétale permanente toute l'année mais en priorité l'été ! Végétaliser plus l'été c'est irriguer moins, c'est avec des champs verts qu'on fait pleuvoir c'est avec des champs secs qu'on fabrique des déserts ... l’accès à l'eau pour la végétalisation doit être gratuit et illimité, les agriculteurs ne sont pas consommateurs d'eau mais producteur de pluie ! L'eau est recyclable à 100% et à l'infini, la SEULE et UNIQUE façon de perdre de l'eau douce c'est de la jeter en mer au lieu de la recycler PROPREMENT dans les Terres ! les micro-organismes des sols sont à la base de TOUTES les chaines alimentaires donc de toutes les espèces sur les continents donc des humains ... un sol sec c'est un sol MORT : "je n'arrose pas mes plantes je maintiens en vie mes sols avec de l'eau". .

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