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L'élevage français profite de l'évolution de l'alimentation due à la Covid

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Le changement des habitudes alimentaires consécutif à la fermeture des établissements de restauration collective réoriente en France les débouchés des produits animaux. Les consommateurs achètent davantage de viande française, moins concurrencée par les importations.

La dernière note de conjoncture de l’Institut de l’élevage illustre une nouvelle fois les tendances observées depuis plusieurs mois sur les marchés français des produits de la viande.

L’organisation des circuits de commercialisation des filières animales est chamboulée par la crise de la Covid face à laquelle l’Union européenne et la France ne parviennent pas encore à en sortir.

Mais en termes de prix, ces changements semblent profiter aux éleveurs français.

« En semaine 14, la vache U cotait 4,68 €/kg (+4% /2020 et 2019), la vache R 4,09 €/kg (+9% /2020 et +7% /2019), la vache O 3,18 €/kg (+8% /2020 ; = /2019) et la vache P 2,98 (+11% /2020 et +5% /2019) », souligne l’Idele.

De même, « les cours des jeunes bovins (JB) U et R ont gagné 25 centimes en 14 semaines, pour atteindre 4,02 €/kg pour le JB U (+3% /2020 et +1% /2019) et 3,84 €/kg pour le JB R (+4% /2020 et +1% /2019). La cotation du JB O reste quasi stable, à 3,33 €/kg  (+1% /2020 et -2% /2019) ».

Parallèlement, les ventes au détail de produits frais non laitiers sont toujours plus élevées qu’en 2019 et 2020, avant la crise sanitaire (respectivement + 21 % et + 12 % en semaine 14 au début du mois d’avril).  

Mais surtout, les Français n’ont jamais consommé autant de viande de bœuf française.

En février dernier (dernières références connues), la consommation de viande bovine française (veau inclus) a encore progressé. « Depuis le début de l’année, 204 900 téc de viande bovine française ont été consommées en France (+2% /2020) », note encore l’Idele.

Toujours au mois de février, les importations françaises sont inférieures de 29 % à celles de l’année passée à la même époque. A contrario, les exportations françaises de viande bovine ont résisté à 17 600 téc (-1% /2020). Et elles sont par ailleurs plus équilibrées géographiquement. Davantage de viande est exportée en Europe du nord et moins vers le bassin méditerranéen.

Pour la filière ovine franaçaise, la tendance est nettement plus marquée.

Selon toujours la note de conjoncture de l’institut de l’élevage, le kilogramme de viande d’agneau valait 7,65 € en semaine 13, soit 1,12 €/kg que l’an passé à la même période et même 1,45 €/kg de plus que la semaine pascale en 2020.

La production ovine de viande française a crû de 8 % puis de 4 % en janvier et en février dernier, par rapport à la même période l’année passée, selon l’Institut de l’élevage.

Toutes catégories confondues, 6 420 tonnes équivalent carcasse (téc) de viande ovine étaient disponibles en février 2020.

« D’après les premières remontées des abattoirs, la production nationale de viande ovine aurait davantage progressé en mars, d’une année sur l’autre », anticipe l’Institut de l’élevage dans sa note de conjoncture mensuelle.

En fait, la conjonction calendaire des fêtes religieuses chrétienne, juive et musulmane et une production de viande ovine relativement restreinte en Europe et dans le monde, ont dopé les prix. Or ces derniers progressaient déjà depuis un an, depuis leur chute durant la période pascale.

Comme pour la filière de la viande bovine, on observe concomitamment un recentrage de la filière ovine sur le marché français et un nouveau redéploiement des échanges commerciaux.

La Nouvelle-Zélande n’était pas en mesure d’approvisionner le marché européen en net recul (-34 % vers la France sur un an en février 2021) comme les années passées. 

Les producteurs d’ovins français n’ont pas eu non plus à craindre le redressement des importations de viande britannique (+ 60 % en février 2021/2020) et espagnole (+ 45%). D’une part parce que ces dernières restent bien inférieures à leur niveau de l’année passée. Et d’autre part, parce que  ce redressement est largement contrebalancé par la baisse des expéditions de viande irlandaise et néozélandaise.

A contrario, les expéditions de viande en Allemagne (800 téc en février 2021 soit x43 sur un an), en Belgique et en Italie ont explosé en février dernier. Sont-ce les premiers effets du Brexit qui favoriseraient la filière ovine française sur le continent européen aux dépens des importations de viande britannique? Il est encore trop tôt de répondre à cette question. En attendant, la baisse de ces expéditions de viande ovine a contribué à restreindre l’offre sur le marché français.

Tout au long de l’année 2020 s’est opéré un rééquilibrage commercial et économique de nombreuses filières agricoles françaises. Celles qui sont excédentaires voient leurs excédents se maintenir, voire progresser, tandis que celles qui sont structurellement déficitaires, accusent des déficits moins importants qu’en 2019 ou équivalents.

La filière « Produits de la viande » a achevé l’année 2020 avec des pertes de 1,09 Mds d’€ alors qu’elles étaient de 1,25 Mds d’€ en 2019.

La filière porcine a bénéficié d’une conjoncture très favorable (excédent en hausse de 42 M€) tandis que moins de viande bovine (- 250 M€) a été importée. 

Le déficit commercial de la filière avicole reste quant à lui inchangé (-342 M€). Mais cette dernière année a été particulièrement impactée par les fermetures des établissements de restauration collective. Si bien que les importations et les exportations de volailles ont baissé concomitamment de 100 M€ environ.

Après quelques craintes au printemps dernier, la filière laitière (6,782 Mds d’€ d’exportations ;  +25 millions d’euros) a achevé l’année avec un solde commercial de 3 Mds d’€, en progression de 290 millions d’euros (M€).

Cette filière est un cas d’école de recentrage de l’activité agricole et agroalimentaire française sur le marché intérieur. Les exportations de produits laitiers se sont maintenues tandis que les importations ont diminué de près de 300 M€.

Mais contrairement aux filières viande, les bons chiffres du commerce extérieur ne profitent pas aux éleveurs français.

Depuis le début de l’année, ils pâtissent en particulier d’une conjoncture particulièrement néfaste en termes de prix.

« Sur le 1er trimestre, la collecte devrait s’établir à environ, 6,26 millions de tonnes, en repli de 2,5% d’une année sur l’autre (effet bissextile neutralisé). Soit son plus bas niveau depuis 2013 », selon l’Institut de l’élevage.

La baisse des effectifs de vaches laitières est deux fois plus importante que l’an passé (-2 %/an contre -1 %/an les cinq années passées).

En fait, la conjoncture n’incite pas à produire plus de lait car les charges d’alimentation progressent tandis que les prix reculent.

En Février, la marge laitière moyenne calculée par l’Institut de l’élevage est inférieure de 20 € par 1 000 litres à celle de février 2020. Elle n’excède pas à 83 €/ 1 000 l. Ce repli est « imputable pour 2/3 à la hausse des charges et pour 1/3 à la baisse du prix du lait, rapporte l’Idele. Sur 12 mois glissants, la marge est de 95,5 €/1 000 l, soit 7 € sous son niveau de l’année antérieure à pareille période ».


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Auteur : Hénin Frédéric
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