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Je suis las...

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L’émission télévisée 66 minutes (sur M6) a diffusé un reportage très émouvant sur Marc, éleveur de chèvres qui, face aux adversités, tente coûte que coûte de s’en sortir. Sa compagne Anne tient elle aussi à rendre hommage à sa dignité préservée au travers des difficultés rencontrées à travers le texte suivant, très émouvant.

Marc, qui lutte pour lui et sa fille Léa,
lance un ultime appel à l’aide par cette cagnotte en ligne.
Une petite pièce pour chacun, un grand soulagement pour lui...

 

« 

Je suis las

5h30. La sonnerie du réveil fait sursauter cet être, qui s’extirpe avec difficultés de quelques heures d’un sommeil de plomb. Les jambes délient un corps élancé qui peine à se redresser sous le joug de l’harassement. Une main dans les cheveux pour ramener en arrière quelques mèches rebelles, un jean, un pull éculé, une tasse de café avalé tout en préparant la couverture pour Léa, et dix minutes plus tard, la nuit noire accueille cette haute silhouette qui tient au creux de ses bras sa fille endormie.

Quelques instants de trajet, et la lumière crue inonde la chèvrerie silencieuse. Un passage pour déposer Léa et brancher le babyphone dans une chambre construite de ses mains. En quelques mouvements précis, la salle de traite se met en route. Un bâton à la main, ses pas, posés en conscience, scandent des actes répétés inlassablement. La grille ouverte le laisse entrer dans le premier enclos où les chèvres accueillent sa cadence tranquille. Seul, un mouvement lent de ses bras vers le ciel, les incite à s’avancer vers la traite.

Les gestes sont sûrs, constants ; l’homme observe sans qu’on s’en aperçoive. Très vite 200 chèvres se succèdent.

Ce matin, ce sera Léa qui sonnera la fin de la traite. Rapidement il repart, voyant à peine que le jour s’est levé. Un passage à la maison pour habiller, laver, coiffer sa fille, s’assurer qu’elle petit-déjeune bien et, tout en se changeant, tenter de lui donner une cuillère de compote. Hop hop hop… Un gilet, des chaussures, un sac, et il prend le temps de l’amener à pied à l’école tout en babillant avec elle au son de quelques blagues. Puis c’est le retour à la chèvrerie où il faut nourrir, soigner, mettre en pâtures… C’est sans compter sur une panne de tracteur qui retarde la pose des piquets pour la clôture. Il faut ensuite apporter de l’eau. Et nettoyer  le bâtiment...

Une petite pause le verra déjeuner d’une boite de raviolis et le début d’après-midi sera consacré à la poursuite de la construction de la fromagerie. Et déjà il est l’heure de récupérer Léa à l’école, de goûter et retourner à ses belles pour les rentrer, les traire à nouveau et les nourrir tout en dialoguant avec Léa.

A peine le temps de voir que le soleil darde sur la forêt environnante une luminosité magique à son inclinaison car il faut préparer Léa au bain et au coucher. Cet être épuisé, reste permanent dans ses gestes doux, attentionnés envers sa fille et puise en lui l’énergie pour préparer quelques pommes de terre sautées. Je le retrouve endormi auprès d’elle en un instant, tellement l’homme est fourbu.

Et déjà un autre jour pointe le bout de son nez...

Les jours défilent sans que l’être ait le temps de se poser, enchaînant le travail aux chèvres, l’entretien du bâtiment et des extérieurs, la construction de la fromagerie, le travail aux champs, les temps avec ceux qu’il aime, les visites impromptues, les coups de téléphone, les rendez-vous, les courses, le quotidien…

L’homme est beau, à l’écoute, ouvert aux dialogues, aux regards autres, à une vision qui lui est propre.

Il est ses chèvres.

Et pourtant, il y a aussi, lorsque l’on pénètre dans sa voiture, un empilement de courrier non ouverts qui interpellent, un regard qui bascule dans un au-delà à certains moments, une raideur des traits du visage qui parlent d’émotions douloureuses, un mutisme qui en dit long sur la souffrance intérieure...

Parce que le monde de Marc, ressemble à l’univers que révèle admirablement le film d’Edouard Bergeon « Au nom de la terre ».

Après avoir démissionné de son poste d’inséminateur, Marc accède enfin à son évidence d’enfance en reprenant un troupeau de chèvres en 2002. L’achat d’une parcelle de terre lui permet de construire la chèvrerie pour accueillir ses filles, comme il aime les appeler. Il enchaîne des journées de 15 à 17 heures, sans week-ends.

Pendant quelques années, la vente du lait suffira à rembourser les prêts engagés. C’est sans compter sur la fièvre Q qui lui vaut de devoir se séparer des chèvres. C’est le début des ennuis avec la banque. En 2008, la crise caprine accroit son désarroi.

Les banques, les fournisseurs, la MSA… attendent de l’argent.

Dans la prise de conscience de cette pression financière énorme, les termes « redressement judicaire » sont insupportables. Marc entend la fin… et ne trouvera alors qu’une issue pour faire taire cette souffrance incommensurable... La mort le frôlera sans le faucher… pour cette fois.

Un essai à l’amiable lui permettra de réétaler ses prêts... Mais sans succès pour le bon fonctionnement de l’exploitation. Et en 2013, un dépôt de bilan apportera une once d’espoir. Marc décide alors de suivre ses convictions profondes et s’installe en bio, croyant pouvoir bénéficier aussi de primes de l’Etat promises. Encore aujourd’hui, il est en attente de ces versements. S’ajoutent trois années de sécheresse… Des revenus seraient envisageables en construisant une fromagerie. Seulement les fonds manquent…

Nous ne parlerons pas de sa vie privée ou juste pour révéler que là aussi de douloureuses blessures de ruptures, de pertes, d’abandon, de trahison… se sont ouvertes, nécessitant d’aller puiser au fond de lui-même des ressources insoupçonnées…

Et l’homme est debout, digne, tel un capitaine affrontant la tempête en plein milieu de l’océan. Semblant nous dire, à l’image de ces feuilles d’automne qui tapissent le sol, se décomposent pour en faire quelque chose de beau, qu’en dépit de la noirceur du monde, de toutes ses souffrances, la terre reste belle !

Ces hommes de la terre ne veulent que s’occuper d’elle ! Simplement ! L’accompagner. Avec le cœur ! Ils nous parlent de cette reliance à notre essence d’être. Là où le simple fait d’exister prend tout sons sens. Et pourtant, banques, syndicats, fournisseurs, MSA (entre autres) amènent, par leur fonctionnement, des êtres humains à un écartèlement du mental tel qu’il n’y a plus d’issue possible à un moment.

Comment ne pas être bouleversé jusqu’au plus profond de son âme par cet agriculteur qui a tout donné à cette terre et se retrouve pris au piège de ce monde matérialiste ? Anéanti. N’ayant plus aucun autre recours que celui de mettre fin à ses jours alors que l’amour des siens l’entoure ?

 »

Anne,
la compagne de Marc

 

En savoir plus : https://www.leetchi.com/c/aider-marc-et-lea-pour-sauver-la-chevrerie (la cagnotte pour aider Marc à sauver sa chèvrerie, et derrière pour offrir un logement décent à sa fille Léa).


L'illustration d'archives ci-dessous est issue de Adobe.

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  • 1Commentaire
  • #1

    si la sécheresse vous pose problème il faut rapidement faire des réserves d'eau l'hiver ! Les réserves collinaires sont les structures hydrauliques les moins couteuses à construire.

    Les réserves collinaires captent les ruissellements (qui provoquent des inondations et des pollutions) : c’est une obligation du code de l’environnement : tous les ruissellements doivent être captés ,traités et infiltrés (pour ne pas perturber le cycle de rechargement des nappes phréatiques) ! Et quand les infiltrations ne sont pas possible l’eau doit être recyclée pour des usages non domestiques comme l’arrosage.

    Ce qui peut se traduire par : Aucun rejet en rivière !

    Toutes les nouvelles zones artificialisées sont équipées de bassins de rétention et d’infiltration, mais les villes ne sont pas aux normes, en moyenne les villes rejettent dans les rivières 6 fois plus d’eau que leur consommation d’eau potable … pour la métropole de Bordeaux c’est en moyenne 1 million de m3 d’eau douce par jour qui rejoint la mer (pluie et eau traitées) ! L’eau est un bien commun, les villes n’ont pas le droit de la détourner massivement vers la mer via les rivières, un simple retour de l’eau des villes dans les champs résoudrait TOUS nos problèmes ! les rivières sont caractérisées par leurs sources et non pas par les villes qu’elles traversent …

    A la campagne tous les fossés doivent aboutir aussi dans des bassins de rétentions pour limiter les crues et les pollutions.

    Les réserves collinaires vont stocker de l’eau pendant l’hiver et donc limiter les prélèvements dans les nappes phréatiques l’été.

    Les réserves collinaires ne sont (en général) pas étanches donc elle permettent un rechargement des nappes phréatiques quand il ne pleut pas.

    Les réserves collinaires sont des points d’eau pour la biodiversité (les mares ont disparues …), toutes les grandes réserves ornithologiques sont des points d’eau …

    Les réserves collinaires captent les pluies , il serait donc illégal quelles soient taxées par les agences de l’eau, puisque d’après l’article 641 du code civil (https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006429856&cidTexte=LEGITEXT000006070721&dateTexte=18980408)

    Tout propriétaire a le droit d’user et de disposer des eaux pluviales qui tombent sur son fonds.

    une réserve collinaire c’est ni plus ni moins que la cuve que vous mettez sous votre gouttière.

    Toutes les réserves collinaires en tête de bassin versant servent de « château d’eau » à la rivière en aval, en retenant l’eau l’hiver elles garantissent de limiter les inondations l’hiver et les assecs l’été par des infiltrations lentes et progressives dans les nappes superficielles qui alimentent les sources !

    Bassin-versant

    Les réserves collinaires sont des zones humides qu’il est interdit de détruire.

    Si les nappes phréatiques n’existaient pas on fonctionnerait uniquement avec des réserves collinaires, donc le meilleur moyen de préserver les nappes et tout le réseau hydrologique c’est exploiter en priorité notre ressource principale : LA PLUIE, ou les nappes phréatiques l’hiver.

    En nouvelle aquitaine les ruissellements représentent plus de 15 milliards de m3 d’eau douce … plus de 10 fois la consommation TOTALE de toute la région qui repart à la mer sans infiltration ou utilisation …

    Les forêts captent 70% des pluies ce qui veut dire qu’elles retiennent 70% des pluies dans les sols pour alimenter le cycle de l’eau l’été (évapotranspiration), le reste est infiltré dans les nappes superficielles qui alimentent les sources et les nappes profondes. La foret ne manque pas d’eau l’été parce qu’elle fait des réserves l’hiver et ne rejettent donc que les excès d’eau. Nous avons défriché pour cultiver mais il ne faut absolument pas couper le cycle de l’eau l’été en entretenant une végétation vivante sur un maximum de surfaces (villes et campagnes). les bilans hydriques annuels d’un champ irrigué et d’une forêt sont globalement identiques : en moyenne 500mm d’évaporation pour 750mm de pluie ! (sauf pour les fruits et légumes qui utilisent la totalité des pluies reçues)

    70% des pluies continentales proviennent de l’évapotranspiration (quand vous donnez 2 litres d’eau à une plante vous recevrez 3 litres de pluie), c’est pour cette raison que les forêts de conifères brulent tous les étés, elles sont sèches et chaudes parce qu’elles « consomment » deux fois moins d’eau que les forets de feuillus donc reçoivent deux fois moins de pluie … Les feux de forêts nous coutent des milliards d’euros, sans compter les vies …

    Le secret d’un bassin versant en « bonne santé hydrique » c’est la végétation, plus vous aurez une végétation dense et massive (en priorité l’été donc au rythme des forêts) mieux le cycle va fonctionner , et inversement plus vous aurez de terres sèches, de béton et d’assainissements collectifs moins vous aurez d’eau … http://pasdeclimatsanseau.unblog.fr/2019/11/02/pourquoi-faut-il-creer-de-toute-urgence-des-reserves-collinaires/

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