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Guerre en Ukraine, Ivan et Oleksandr pas certains de pouvoir cultiver leurs 4 500 ha

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A Buky, Yvan Melnyk et Oleksandr Pidlubniy ont semé 2 400 ha de blé et de colza mais ils ne savent pas quelles cultures de printemps ils vont implanter en 2023 pour ne pas produire à pertes. Dans l’immédiat, la priorité est la récolte de maïs, encore en partie sur pieds, faute de gaz pour sécher les grains.

En Ukraine, pourra-t-on produire et vendre des céréales et des oléo-protéagineux en 2023? A la tête d’une exploitation en Ukraine de 4500 hectares à Buky (40 km d’Uman), Yvan Melnyk et Oleksandr Pidlubny, le propriétaire et le directeur de l’entreprise, ont chamboulé, dès la fin de l’été dernier, leur assolement. Ils l’ont adapté à la conjoncture de crise et de guerre qui affecte l’ensemble de l’agriculture ukrainienne.

Mais surtout, Oleksandr et Yvan se demandent s’ils pourront cultiver l’intégralité des terres de l’exploitation et s’ils dégageront un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir leurs charges et payer leurs 130 salariés.

Ces derniers sont payés entre 250 € et 500 € par mois, selon leur qualification. Et le taux des prélèvements sociaux est de 25 %.

L’exploitation d’Yvan est issue du démantèlement d’un ancien kolkhoze de l’époque soviétique de plusieurs dizaines de milliers d’hectares. Mi-octobre, 1 200 hectares (ha) de blé et de 1 100 ha colza étaient déjà semés. Mais au printemps prochain, Yvan et Oleksandr ne savent pas ce qu’ils planteront. Les cultures de maïs et de tournesol sont productions très risquées économiquement.

L’an prochain, les coûts d’implantation de ces cultures de printemps seront supérieurs de plus de 50 % à leur niveau du début de l’année alors qu’Yvan ne sait pas à quel prix ses prochaines récoltes seront vendues dans douze mois.

En fait, la conjoncture actuelle des marchés des céréales et d’oléo-protéagineux ne profite pas du tout à Yvan et à Oleksandr, ni à l’ensemble des agriculteurs ukrainiens. Actuellement, les prix de vente - sortie ferme - sont jusqu’à deux fois inférieurs à ceux en vigueur avant le début du conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie.

L’ensemble des agriculteurs ukrainiens supporte financièrement les prises de risques que constituent l’expédition des céréales jusqu’au port le plus proche, puis leur embarquement et enfin l’expédition vers des pays tiers. Pour le maïs, Yvan estime ce coût à environ 170 € par tonne. Il est d’emblée imputé sur les prix de vente  sortie ferme des récoltes.

Cependant, Oleksandr pense pouvoir maitriser les charges de cultures du colza et s’en sortir avec un coût d’implantation de 400 dollars par ha contre 377 dollars l’an dernier et 344 dollars en 2021.

Les années passées, l’assolement était très diversifié. Seuls 800 ha de blé étaient implantés,  et les cultures de colza, de pois et de soja couvraient ensemble 1300 ha. Par ailleurs, 800 ha de tournesol (20 % de la SAU de l’exploitation) et 1 150 ha de maïs (25 %) étaient cultivés.

A Buky, l’inquiétude du moment est la récolte du maïs. Une partie de la production est encore sur pieds. Yvan et Oleksandr rencontrent de sérieuses difficultés pour faire sécher les grains et ramener leur taux d’humidité de 22 % à 14 %, condition sine qua none pour les conserver en silos. Le gaz manque et quand il y en a il est hors de prix.

Selon les deux managers, le séchage d’une tonne de maïs est dorénavant facturé 44 €. Ce qui porte à 127 € son coût de production, fermage inclus (122 €/ha).

Pour réduire les frais de séchage, Yvan peut miser sur le retour du grand froid et attendre que les sols soient gelés pour moissonner son maïs. Des températures négatives réduisent naturellement de quelques points le taux d’humidité des épis. Mais Yvan déplorera cependant d’importantes pertes. 

Quoi qu’il en soit, la culture de maïs n’est pas rentable cette année. Le prix de vente sortie ferme (130 € la tonne) couvre à peine pas les charges engagées. Pourtant, Yvan avait déjà acheté, au printemps dernier, l’ensemble des intrants nécessaires pour produire son maïs. Si bien que le coût de production est équivalent à l’an passé, les frais de séchage mis à part.

La flambée du prix du gaz et la baisse des prix du maïs sur le marché intérieur: tous les producteurs de maïs sont confrontés à cette situation. Sur la route qui mène d’Uman à la frontière moldave, des centaines d’hectares de maïs n’ont pas encore été récoltés alors que les précipitations vont bientôt rendre les champs impraticables.

Les rapports de l’USDA et du CIC prendront-ils déjà en compte les centaines de milliers de tonnes de grains qui vont être perdues ?

Dans le contexte actuel de guerre, de pénuries et d’hyper-inflation, les cultures de blé et de colza sont les plus simples à implanter. Yvan produit ses propres semences de blé. Sinon, l’ensemble des filières d’approvisionnement est désorganisé depuis l’entrée en conflit de la Russie avec l’Ukraine. Et tous les agriculteurs se demandent, comme Yvan et Oleksandr, s’ils pourront et auront les moyens de cultiver leurs terres d’ici le printemps prochain.

Les banques accordent des prêts de campagne à 0 % selon Yvan. Mais elles ne pourront pas soutenir indéfiniment le secteur agricole si les exportations de commodités sont entravées par des décisions politiques (fin du corridor de la Mer Noire) ou par des problèmes logistiques (infrastructures portuaires détruites, coûts d’acheminement élevés etc.).

Un grand remerciement à “Ukrainian Agrarian Council” et à ses collaborateurs pour avoir organisé les interviews à Uman et à Buky. Entretien réalisé en Ukrainien et traduit en anglais par Katerina Botvinnik.

Légendes photos: 

Oleksandr Pidlubniy et Yvan Melnyk, directeur et propriétaire de l'exploitation de Buky

Un des nombreux tracteurs de l'exploitation

Un hall où sont entreposés les céréales récoltées

 

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Auteur : Hénin Frédéric
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