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Guerre en Ukraine et marchés mondiaux de céréales : le double défi du prix et de la disponibilité

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Depuis un mois, les pays importateurs de céréales du bassin de la Mer Noire font face à un double  défi : des sources d’approvisionnements alternatifs limitées et des prix record. Mais leurs situations sont très inégales. Les pays riches auront toujours les moyens d’importer des céréales, pas les pays émergents !

 

(Article actualisé le 31 mars 2022) Les céréales seront très longtemps très chères. En Ukraine, l’agriculture manque de bras, d’engrais et de produits phytosanitaires. Tallage, le cabinet d'études agro-économiques, « table sur une production 2022 de céréales d’hiver en net repli, avec des rendements inférieurs de 20 % à la moyenne. La superficie de maïs baisserait de 30% sur un an et celle de tournesol de 50 % ».

Pour sa part, isolée et bannie sur la scène internationale, la Russie pourrait être durablement confrontée à des problèmes logistiques (risques assuranciels trop élevés, boycott) pour expédier ses grains encore en stocks puis sa prochaine récolte.

« Même si la guerre s’achève rapidement, l’Ukraine ne sera pas en mesure de redevenir un champion de l’export avant au moins deux ou trois ans », affirme Jean François Lepy, d’INVIVO-SOUFFLET. Il participait à la 13ème Matinée Export & Bourse du Nouvel An et de l'Exécution organisée par Intercéréales.

« L’absence de l’Ukraine sur les marchés mondiaux prive, chaque mois, les pays importateurs de 7 millions tonnes équivalent de céréales et d’oléo-protéagineux », rapporte Benoit Fayaud de du cabinet Tallage. Les années passées, l’Afrique du Nord et l’Asie achetaient entre 25 et 30 Mt de grains chacune. Pour sa part, l’Union européenne importait 30 Mt de céréales et d’oléagineux dont une grande partie du maïs importé de pays tiers.

« Bâtir une stratégie d’autonomie européenne est une priorité, a déclaré Jean François Loiseau, président d’Intercéréales. La Commission européenne doit renoncer à convertir mettre une partie des terres agricoles européenne en surface d’intérêt écologique et en jachère (jusqu’à 4 % des terres), comme le prévoit la réforme de la Pac de 2023».

Le 23 mars dernier, les céréaliers semblent avoir été partiellement entendus. Lors du conseil européen des ministres de l’Agriculture présidé par Julien Denormandie, la Commission européenne a proposé de remettre en culture quatre millions d’hectares en cultures. Les projets des programmes stratégiques nationaux paraissent quelque peu dépassés. Rien n'était alors acté. Mais l'Union européenne doit produire plus de céréales pour compenser l’absence de l’Ukraine et le bannissement de la Russie sur la scène internationale. 

Le 31 mars dernier, un arrêté du ministère de l'Agriculture fixe le cadre dans lequel les jachères peuvent être dorénavant cultivées. Il précise que les agriculteurs peuvent, pour la campagne 2022, sur leur surface déclarée en jachère (hors jachère mellifère) à la PAC. 300 000 ha sont concernés en France, soit plus d’1% de la SAU

Dans l’immédiat, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas importeront du maïs étasunien et argentin même si les conditions de production ne sont pas conformes à celles en vigueur dans l’Union européenne. Autrement dit, les clauses « miroir », que veut imposer la Commission européenne, ne sont plus d’actualité.

La Chine, le premier pays importateur au monde de céréales (49 Mt) et d’oléagineux, a les moyens de financer sa dépendance. A moyen terme, elle prévoit même de n’être autonome qu’à hauteur de 80 % de ses besoins.  Autrement dit, l’empire du milieu pourrait importer l’équivalent de 20 % de la sa consommation de céréales et d’oléprotéagineux.

Les Chinois consomment de plus en plus de viande. Pour cela, l’équivalent de 354 Mt de céréales chinoises, produites ou importées, sont utilisées, selon Li Zhao Yu d’Intercéréales.

En ces temps troublés, l’approvisionnement du marché chinois est la priorité des priorités du gouvernement de Pékin. La Chine n’est pas prête à renoncer à ses réserves stratégiques de 100 Mt de blé en important moins, ce qui détendrait pourtant les marchés mondiaux de céréales. Son objectif d’acheter 45 Mt de grains reste d’actualité. Sans compter la centaine de millions de tonnes d’oléoprotéagineux (colza, soja, huile etc.)

Mais dans l’immédiat, la Chine doit se procurer les céréales que l’Ukraine n’est pas en mesure de lui livrer. Elle vient de signer un contrat d’approvisionnement en blé avec la Russie.

Les pays émergents menacés

Face au retrait de l’Ukraine et aux cours mondiaux des céréales très élevés, les pays émergents, structurellement déficitaires en grains, ne sont pas sur le même pied d’égalité.

Les pays pétroliers ont les ressources pour acheter des céréales et de la farine chères. Mais pour être plus autonomes, l’Arabie saoudite et l’Egypte vont motiver leurs paysans pour produire plus de blé en payant avantageusement chaque tonne récoltée.

Dans les pays sans ressources pétrolières ou minières d’Afrique du Nord ou subsaharienne, dépendants des importations ukrainiennes (voire de la russes), les prix des céréales rendent leurs achats très compliqués.

La conjoncture mondiale des marchés des céréales met en péril les pays les plus vulnérables pour assurer leur sécurité alimentaire. Ils sont à la fois confrontés à des défis démocratiques, climatiques et sociaux.

En Tunisie, la situation est explosive. Le pays importait jusque-là, d’Ukraine, 60 à 80 % de des céréales consommées. Et confronté à une sécheresse sans précédent, il s’attend à une récolte 2022 catastrophique. Le Maroc est confronté à un défi similaire même si le royaume est moins dépendant du bassin de la Mer Noire pour s’approvisionner en grains.

Dans ces pays émergents, les offices publics chargés de rétrocéder aux populations et aux boulangeries, à vil prix, le blé et la farine achetés aux cours mondiaux, voient leurs rôles renforcés. Mais les financements manquent.

Au Sénégal, les meuniers vont refuser de produire de la farine si celle-ci n’est pas payée, par le gouvernement, à un prix permettant de couvrir le prix d’achat du blé importé.

Mais dans tous ces pays émergents, la population de plus en plus urbanisée a adopté des habitudes alimentaires occidentales. Aussi, de plus en plus de produits et de matières premières sont importées.

Résultat, la conjoncture de prix agricoles très élevés relance l’intérêt de financer des programmes de développement agricole afin d’accroître leur autonomie et leur sécurité alimentaires.  Mais pour y parvenir, il faut du temps.

Légende photo: Port d'Odessa en Ukraine (@Ariane Citron)

 

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Auteur : Hénin Frédéric
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