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Génération AgTech

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Une génération AgTech est sans doute en train d’éclore en France. Elle est composée de jeunes diplômés d’écoles d’ingénieur ou de commerce provenant d’un milieu agricole qui ont créé ces dernières années des starts up spécialisées dans les innovations agricoles.

Les nouvelles technologies liées aux activités agricoles, que l’on résume souvent à travers le mot-valise AgTech, prennent semble-t-il une importance de plus en plus décisive. En ont témoigné dans la période récente la parution en septembre 2015 d’Agronumericus (Editions France agricole) un ouvrage de Hervé Pillaud, celle en novembre du rapport du think tank Renaissance numérique sur Les défis de l’agriculture connectée dans une société numérique ou le lancement en octobre de la plateforme numérique WeFarmUp, une plateforme collaborative de location de matériel agricole. Depuis le début de l’année 2016, une nouvelle plateforme a été créée avec Biagri, nous y reviendrons, Saf agr’iDées a organisé le 2 février une réunion sur le thème de la « plateformisation de l’agriculture : nouveaux services, nouvelles perspectives » et la Ferme digitale a été créée. Notons au passage que Hervé Pillaud, cité plus haut, est également à l'origine d'une initiative visant à faire émerger des starts up en agriculture, A green start up.

Un seul chiffre montre toute l’importance de ce secteur émergent, notamment aux yeux des investisseurs américains, à un point tel d'ailleurs que certains commencent même à parler de « bulle spéculative ». D’après le rapport Ag Tech Investing Report, qui a été publié en février, 499 entreprises auraient ainsi attiré en 2015 pas moins de 4,6 milliards de dollars d’investissement dans les AgTech, alors que l’année précédente, elles n’avaient attiré « que » 2,4 milliards de dollars, soit une croissance de 92 % entre 2014 et 2015, après une hausse de 166 % entre 2013 et 2014.

Des créateurs de starts up aux profils similaires

Lorsque l’on se penche sur les créateurs de ces starts up spécialisées dans les AgTech en France, on voit très souvent un même profil. Ce sont généralement des jeunes, entre 25 et 35 ans, qui ont fait des études supérieures dans des écoles d’ingénieur ou de commerce. Ils maîtrisent donc parfaitement les technologies et les outils pour bien gérer une entreprise, mais ils présentent aussi un autre trait commun. Ils ont un lien avec le monde agricole qui est de nature familiale car ce sont souvent des fils ou des petits-fils d’agriculteurs. Ils ont ainsi une double « casquette » à la fois agricole et technique, tout en partageant une même vision positive de l’agriculture. Ils revendiquent d’ailleurs ouvertement leurs origines agricoles. On peut même parler de ce point de vue d’une véritable Génération AgTech qui entend adapter les outils du monde d’aujourd’hui, en particulier les technologies numériques, au besoin des exploitations agricoles.

On ne peut pas dire que la Ferme digitale soit le symbole de cette génération, mais cette structure nouvellement créée, qui vise à « offrir aux agriculteurs de nouvelles perspectives grâce au numérique », fédère la plupart des starts up que nous allons voir ici : Agriconomie, Ekylibre, Miimosa, Monpotager.com (Weenat appartient également à la « communauté » de la Ferme digitale).

Les symboles de cette génération AgTech

Clément Le Fournis est la cinquième génération d’une famille de céréaliers de la Marne. Il présente la particularité d’avoir été le premier diplômé d’un bac agricole à effectuer un Mastère à HEC. Dans un entretien accordé à France Info le 29 octobre 2015, il dit envisager de reprendre l’exploitation familiale. Dinh Nguyen est le fils d’un viticulteur de l’Aube et est diplômé en informatique de l’Epitech. Enfin, Paolin Pascot est le petit-fils et le neveu d’éleveurs et est diplômé en communication et en gestion (HEC).

Début 2014, ils ont créé Agriconomie. Il s’agit d’une plateforme numérique qui se présente comme « la première place de marché spécialisée pour les agriculteurs ». Ces derniers, via cette plateforme, peuvent se procurer des intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires), des pièces détachées, du petit matériel agricole ou encore des vêtements auprès de concessionnaires ou de grossistes. La start up a gagné le concours de l’innovation numérique en 2015. D’après Paolin Pascot, « c’est Clément [Le Fournis] qui voulait absolument travailler dans le secteur agricole et qui a fait germer l’idée d’un site d’e-commerce sur ce type de produits. » Le siège social d’Agriconomie se situe d’ailleurs sur l’exploitation familiale des parents de Clément Le Fournis, même si la plateforme a un bureau à Paris.

Florian Breton est un petit-fils de viticulteurs des Pyrénées-Orientales qui se présente comme quelqu’un qui a « toujours intimement nourri une admiration pour l’agriculture française ». Il a travaillé auparavant pour Orange sport et le groupe M6 en tant que directeur de clientèle TV. Dans un entretien accordé à RTL le 6 novembre 2014, il a expliqué que le déclic dans sa démarche a été le mouvement des Bonnets rouges. Son ambition a donc été, selon ses propos, d’« organiser la générosité autour de l’agriculture et d’en parler autrement d’une manière novatrice qu’à travers des défilés ou des manifestations. Un outil antimorosité par le symbole du mimosa ».

Il est, en effet, le fondateur de la plateforme de financement participatif Miimosa qui a été créée en octobre 2014. Elle présente la particularité de ne financer que des projets agricoles et alimentaires (en l’occurrence des produits du terroir) autour de six catégories : apiculture, aquaculture et pêche, boissons alcoolisées, boissons non alcoolisées, élevage et épicerie salée. Les « porteurs de projets », principalement des agriculteurs, présentent leur projet sur la plateforme en définissant le montant dont ils ont besoin. Les « contributeurs », souvent des proches de ces agriculteurs (amis, voisins, clients ou professionnels avec lesquels ils ont l’habitude de travailler), mais aussi des particuliers, peuvent les financer sous la forme de dons ou, comme l’indique son fondateur, à travers « un système de prêt d’argent moyennant une contrepartie non numéraire, donc en nature avec un produit, un service et une expérience à vivre ». Ils obtiennent, en effet, une contrepartie en nature avec des produits, un repas ou un week-end.

Pierre-Antoine Foreau est l’un des plus jeunes représentants de cette Génération AgTech. C’est un jeune ingénieur en science des plantes, qui est également le fils d’un agriculteur d’Eure-et-Loir.

Il est le créateur de Biagri, une plateforme lancée en janvier 2016. Elle permet aux agriculteurs de vendre leurs récoltes à un négociant, un courtier, une coopérative ou bien à un éleveur. Ceux-ci peuvent déposer une annonce sur la plateforme pour proposer leur production en indiquant ses caractéristiques, notamment sa qualité et le lieu de production, la quantité disponible, ainsi que les dates de livraison possibles. Ils définissent un prix minimum fixe ou ils peuvent opter en faveur d’un appel d’offre : dans ce cas, le vendeur laisse l’acheteur lui faire des offres. Un acheteur, de son côté, peut déposer une annonce d’achat sur la plateforme en indiquant les besoins en quantité et les dates de livraison souhaitées. Les produits échangés peuvent être des aliments pour animaux, des céréales, des fertilisants, du fourrage et de la paille, des oléagineux et des pommes de terre.

Thomas Faict, Thomas Guesnet, Vincent Guyot, Antoine Leduc, Edouard Moquet et Romain Ruelle. Ils sont tous ingénieurs. Cinq d’entre eux sont ingénieurs en agriculture de l’ESITPA Rouen et un est ingénieur information d’Exia Cesi Arras. Ils se revendiquent tous comme « fils et petits-fils d’agriculteurs » et expliquent que « notre idée est née de notre vécu au sein de nos exploitations familiales ».

Ils ont créé ensemble Agri’Connexion. Il s’agit d’une plateforme de location de matériel agricole, qui était encore en cours de développement lors de l’élaboration de ce texte. Ce projet a été 2e prix du concours A.green startup au SIA 2015, concours d’innovation agricole créé en 2014 par Hervé Pillaud.

Thierry Desforges est ingénieur et lui aussi fils d’un agriculteur de l’Essonne. Il est le créateur de Monpotager.com. Il s’agit d’une sorte de potager virtuel. L’utilisateur choisit, via le site, la surface et les légumes et les fruits qu’il souhaite cultiver… depuis un ordinateur ou une tablette. Celui-ci peut être un particulier, mais aussi un professionnel (restaurateur, traiteur, hôtelier, responsable de cantine d’entreprise ou scolaire). De véritables producteurs locaux sont alors chargés de faire pousser les fruits et légumes que l’utilisateur pourra récupérer dans un point de distribution à proximité de son domicile.

Brice Texier et David Joulin sont des ingénieurs, le second étant lui aussi fils d’agriculteur. Ce sont les fondateurs non pas d’une plateforme numérique, mais d’une société spécialisée dans l’élaboration de logiciels de gestion pour les exploitations agricoles. Il s’agit de la société Ekylibre, qui a été créée en 2007.

Qui a dit que les Français et notamment les jeunes n’avaient pas l’esprit d’entreprise ? Qui a dit qu’il fallait désespérer de la jeunesse française ? Enfin, qui a dit que l’agriculture française n’avait plus d’avenir ?

Dans une période particulièrement difficile pour une partie du monde agricole, ces différents exemples sont sans aucun doute une note d’espoir pour l’avenir de la part de jeunes gens qui sont fiers de leurs racines agricoles, qui croient en l’avenir de l’agriculture française et qui entendent y contribuer en la projetant pleinement dans le XXIe siècle.

En savoir plus : http://www.techelevage.fr/agreen-startup (pour tout connaître de l'opération A Green start up initiée par Hervé Pillaud) ; www.renaissancenumerique.org/images/stories/Publications/lb_agri_hd.pdf (rapport de Renaissance numérique sur Les défis de l’agriculture connectée dans une société numérique) ; www.wefarmup.com/fr (site de la plateforme WeFarmUp) ; www.safagridees.com/publication/points-cles-de-lagridebat-la-plateformisation-de-lagriculture-nouveaux-services-nouvelles-perspectives (points clés du débat sur la plateformisation de l’agriculture organisé par Saf agr’iDées) ; http://lafermedigitale.fr (site de la Ferme digitale) ; https://agfunder.com/research/agtech-investing-report-2015 (rapport Ag Tech Investing Report publié par AgFunder) ; www.franceinfo.fr/emission/l-interview-eco/2015-2016/clement-le-fournis-agriconomie-les-agriculteurs-ont-besoin-de-services-sur-internet-29-10 (source de l’entretien effectué en octobre 2015 par Clément Le Fournis sur France info) ; www.agriconomie.com (site d’Agriconomie) ; www.arte.tv/magazine/futuremag/fr/agriconomie-le-commerce-au-service-de-lagriculture-futuremag (source de la citation de Paolin Pascot) ; www.miimosa.com (site de Miimosa) ; www.rtl.fr/actu/economie/florian-breton-miimoza-est-un-systeme-de-pret-d-argent-complementaire-7775313232 (source de l’entretien effectué en novembre 2014 par Florian Breton sur RTL) ; www.biagri.com/fr (site de Biagri), http://agriconnexion.com (site d’Agri’Connexion) ; www.monpotager.com (site de Monpotager.com) ; http://ekylibre.com (site de la société Ekylibre).

Notre illustration ci-dessous est issue du site Fotolia, lien direct : https://fr.fotolia.com/id/45294167.

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Auteur : Fougier Eddy
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