Filières maïs – une troisième année de pertes sans perspectives de redressement

Après trois campagnes 2023, 2024 et 2025 déficitaires, les planteurs de maïs ne peuvent pas se permettre d’achever une quatrième campagne avec un revenu de nouveau négatif. Mais ils sont démunis pour relancer la culture de maïs et pour la rendre rentable.

La production 2025 se vend actuellement à 160-165 € la tonne sortie ferme, soit 30 € de moins que l’an passé. Et le printemps prochain, produire la céréale coûtera au bas mot 200 € la tonne, selon Arvalis, l’institut du végétal.

Les broyeurs intégrés détruisent les chaumes de maïs avant qu'ils ne soient écrasés par les pneus de l'ensileuse.

Cette année, ce dernier table sur une production 2025 estimée à 12,9 millions de tonnes (Mt). Elle inférieure à la moyenne quinquennale de 3,4 % car la surface plantée (1,45 million d’hectares) s’est repliée de 5 % et les rendements (88,5 q/ha) ont diminué de 4,2 %. 
En 2026, les planteurs de maïs ne peuvent pas se permettre de réaliser une quatrième campagne en l’achevant avec un revenu de nouveau négatif après trois années déficitaires.

« En 2025, le revenu d’un planteur est estimé à – 14 000 €. Aussi, 80% des céréaliers ont avec un revenu inférieur à 1 SMIC (négatif ou entre 0 et 1 SMIC) ou négatif », a déclaré Franck Laborde, président de l’AGPM, l’association spécialisée des producteurs de maïs rattachée à la FNSEA.

Or les conditions ne sont pas réunies pour espérer une campagne 2026 meilleure.

Les cours ne sont pas prêts de se redresser de sitôt car les marchés croulent sous l’abondance : les Etats-Unis ont récolté 427 Mt. Le Brésil (145 Mt) bât aussi des records. La prochaine campagne pourrait débuter avec des stocks de reports importants. Les échanges mondiaux de maïs manquent de dynamisme.
La parité du dollar accentue en Euros de près de 10-12 % la faiblesse des cours européens.

Pour atténuer l’effondrement des revenus des planteurs, l’AGPM demande à la Commission européenne, l’activation de la réserve de crise actuellement inutilisée.

Démunis pour produire

Quoi qu’il en soit, les planteurs français n’ont pas les moyens d’être aussi compétitifs que leurs collègues américains. Les rendements stagnent depuis 20-25 ans alors qu’ils ne cessent de progresser dans les pays où les cultures de maïs OGM ou éditées sont autorisées.

Aux Etats-Unis, ils avoisinent 115 quintaux par hectare. La vingtaine de quintaux supplémentaires représente, peu ou prou, un manque à gagner de 350 € – 450 € par hectare équivalent aux pertes subies actuellement par les planteurs français.

Sur le 1,45 million d’hectares cultivés cette année, la France aurait produit près, avec des rendements américains, 3 Mt supplémentaires. Elle aurait contribué à atténuer d’autant le déficit européen de grains de maïs.

Or durant l’actuelle campagne 2025-2026, l’Union européenne est contrainte d’acheter près de 23 Mt de grains à des pays tiers. Et en important près de 25 % de ses besoins, elle est en tête des pays importateurs de cette céréale, ce qui la rend vulnérable dans l’environnement géopolitique mondial actuel.

Le maïs qui n’est plus importé d’Ukraine (0,7 Mt en trois mois de campagne; – 2 Mt sur un an) en Union européenne provient du Brésil (2,7 Mt ; +2 Mt). Les nouveaux contingents imposés par la Commission européenne à l’Ukraine n’ont pas empêché la baisse des prix des grains, ni atténuer le différentiel de compétitivité. Y cultiver  du maïs coûte moins de 100 € la tonne et au Brésil, près de 75 % des produits phytosanitaires employés sont interdits en Union européenne.

Dans l’immédiat, « il n’y a plus l’ambition de produire plus en France», déplore Franck Laborde. Le maïs est même devenu une activité risquée. La superficie cultivée a diminuée de plus de 400 000 hectares en une vingtaine d’années. Avec un rendement moyen de 90 quintaux par hectare, la production de maïs est ainsi inférieure de 3,5 Mt à ce qu’elle pourrait être.

Par ailleurs, les planteurs de maïs n’ont plus les moyens d’être compétitifs. « La concurrence a des moyens de production supérieure aux nôtres. Des impasses techniques et des cas de sur-transpositions règlementaires se multiplient pendant qu’on ouvre la porte au maïs brésilien, souligne l’AGPM. Le projet de règlement d’exécution de l’accord du Mercosur portant sur les clauses de sauvegarde est un miroir aux alouettes ».

Par ailleurs, les engrais importés en Union européenne seront prochainement acculés d’une taxe MACF proportionnelle à la quantité de gaz à effet de serre intégrés. Par exemple, elle renchérirait de près de 140 € le prix de la tonne d’urée.

Outre la question de la superficie évoquée précédemment pour produire plus de maïs, la relance de la culture en France impose la garantie « un accès à l’eau partout où ce sera nécessaire en se reposant sur des projets de territoires prenant en compte le partage des usages et en travaillant sur l’amélioration de l’efficience », revendique l’AGPB. Pour rendre les cultures plus résistantes aux ravageurs et aux maladies et, pour faire face aux aléas du climat plus chaud et moins pluvieux, la commercialisation de variétés NGT mises au point dans les centres de recherche agronomique devient une priorité.

Par ailleurs, l’Union européenne doit imposer une réciprocité des normes de production avec ses concurrents et réduire les distorsions réglementaires qui plombent la filière maïs, défend l’AGPM. Elle doit  s’appuyer sur ses fondamentaux pour protéger son marché intérieur. Il s’agit pas exemple d’augmenter le prix d’intervention très faible.

Enfin, les aides Pac doivent être au moins maintenues à leur niveau actuel voire revalorisées pour tenir compte de l’inflation. Mais la proposition de budget pour l’après 2027 ne va pas dans son sens. Et en euros constants, les aides Pac sont dorénavant inférieures de moitié à leurs niveaux de l’an 2000.
« Une hétérogénéité entre les campagnes successives montre l’importance de mieux gérer les risques climatiques, techniques, marchés… et de réassurer les agriculteurs sur l’accès aux moyens de production essentiels », soutient l’AGPM. La prochaine Pac post 2027 devra en prendre compte.

L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne sera forcément un sujet débattu dans les prochaines années. Elle pourrait rendre l’Europe quasiment autonome en maïs et elle réduira considérablement sa dépendance à l’égard de ses importations de soja et autres oléo-protéagineux. Mais elle ne peut s’envisager sans un alignement de ses règles sur les standards de production européens et des aides Pac par exploitation plafonnées, quelle que soit leur dimension. A l’échelle de l’Union européenne, la Commission européenne a proposé au mois de juillet dernier  100 000 €.