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Désherbage des céréales : actionner tous les leviers

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« Pour éviter la concurrence des adventices et préserver son potentiel de rendement, il faut combiner les leviers agronomiques, phytosanitaires et mécaniques ».

De la prévention, de l’agronomie,  du  désherbage  mécanique  quand l’année s’y prête, un bon choix de molécules, tel pourrait être le cocktail qui permettra de contenir la concurrence des adventices sur les rendements de céréales.

Pour voir ses cultures exprimer pleinement leur potentiel, il y a des facteurs qu’on ne maitrise pas (on ne vous repassera pas le film météo de cette année…) et d’autres sur lesquels on peut agir, comme la fertilisation et le désherbage. Amoindrir la présence d’adventices dans ses céréales a pour but d’en diminuer la nuisibilité directe, par la concurrence sur l’espace, la lumière, l’eau, les nutriments. La nuisibilité  dépend  de  la  période de concurrence, elle est maximale si les adventices lèvent en même temps que les cultures. La nuisibilité dépend également de la répartition et de la densité des adventices. La synthèse d’essais par les organismes techniques montre une différence de rendement de 26 qx entre une parcelle de blé désherbée et une qui ne l’est pas ! A la nuisibilité directe sur le rendement, s’ajoute celle indirecte, de l’impact sur la qualité, des difficultés de récolte. Sans oublier l’effet à long terme du stock semencier, qu’un désherbage moins efficace une année va créer pour plusieurs campagnes. Une matricaire produit 20 000 graines.

Pour limiter les nuisances des adventices, une stratégie efficace s’appuiera sur différents leviers, agronomiques, phytosanitaires et mécaniques. Sa première  étape sera de limiter la densité des adventices, par  un  allongement des rotations et une alternance cultures hiver et printemps. Toujours dans cette approche préventive, moissonner en dernier les par- celles les plus  sales  et  récupérer les menues pailles limite la dis- sémination.

Le travail du sol pour réaliser un faux semis et un  semis  retardé sont des leviers efficaces contre vulpin et ray-grass, qui auront eu le temps de lever, et d’être détruits, avant le semis des céréales.

En cas de fortes infestations, on peut réintroduire un labour ponc- tuel, tous les 3 ou 4 ans qui préserve la structure du sol tout en enfouis- sant les graines d’adventices. Elles seront alors dégradées dans le sol.

Alterner molécules et modes d’action

Ces mesures préventives sont com- plétées par des interventions curatives. Le désherbage d’automne reste le plus efficace pour préserver le potentiel de rendement. « Avec l’augmentation des résistances, le désherbage en sortie d’hiver peut s’avérer moins efficace, spécia- lement sur certaines graminées, souligne Cédra Graeff, chef de marché grandes cultures chez Certis. Il faut donc chercher un maximum d’efficacité à l’automne ». Sur vulpin et ray-grass, cela peut passer par une application d’un produit racinaire (groupe HRAC K3, K1 ou N, 3 et 15 dans la nouvelle classification) puis, si besoin, un rattrapage en sortie d’hiver avec un produit foliaire (HRAC B ou A, 2 ou 1 dans la nouvelle classification). L’alternance des matières actives et les modes d’action aide à pré- server l’efficacité des produits et à prévenir l’apparition de populations résistantes. Dans les zones à forte infestation ou en cas d’échecs de désherbage, l’apparition de populations d’adventices résistantes (ray- grass, vulpin, folle avoine, coquelicot) est à surveiller.

Un arsenal qui se restreint

Même si quelques nouveautés sont mises en marché chaque année (voir encadré), l’arsenal des ressources  de  désherbage  peine à se renouveler. Il n’y pas eu de nouveau mode d’action depuis 2008 et Fosburi, reconnaissent les instituts techniques dans leur note commune et annuelle sur les résis- tances.  Et  des  craintes  planent.

« Quatre substances majeures, le flufénacet, le DFF, le prosulfocarb et le chlortoluron, vont bientôt repasser en homologation, explique Ludovic Bonin, spécialiste désherbage chez Arvalis. Il y a toujours des risques de retrait ou de restrictions dans les doses ou les usages. En sortie d’hiver, on perd en efficacité face aux problèmes de résistance. On a toujours de l’efficacité en automne mais il y a de plus en plus de res- trictions. Sur une parcelle drainée, on risque de manquer de solution ».

« Même si les céréales représentent un marché important, il y a relati- vement peu de matières actives, reconnait Laurent  Magnant,  chef de marché céréales et maïs chez Ascenza. C’est difficile  de  trouver de nouvelles matières actives, de nouveaux modes d’action alors qu’en parallèle la réhomologation des molécules se complexifie ». Des nouveautés pourraient apporter un certain renouveau. « On attend des choses intéressants pour 2023/2024, entrevoit Ludovic Bonin. Notamment une matière active d’une nouvelle famille, qui apportera une diversité intéressante face aux résistances ».

Le désherbage mécanique, une solution au coup par coup

Alors que le désherbage  mécanique  a  trouvé  sa  place  en  cultures  de  printemps,  car  les  inter-rangs sont plus adaptés et qu’on est plus facilement en conditions séchantes, il est peu utilisé en céréales conventionnelles.  Déjà,  car  les  conditions  climatiques  ne  facilitent  pas  les  interventions  mécaniques en automne, même pour un passage de herse étrille en prélevée. En plus, il est souvent nécessaire de passer plusieurs fois pour se débarrasser d’un maximum d’adventices, ce qui augmente le stress sur les racines et peut pénaliser le rendement, surtout en sortie d’hiver. Si on veut intervenir en désherbage mécanique, il faut anticiper ce stress et augmenter la densité de semis de 10 à 15 %. « Le binage d’automne peut fonctionner si après le  temps  est  sec  pendant  une  dizaine  de  jours.  Ça  va  être  possible une fois tous les 4 ou 5 ans, constate Ludovic Bonin. Le désherbage mécanique n’est pas une stratégie systématique car ses résultats sont très variables  mais  il  faut  se  garder  cette  opportunité  quand  les conditions climatiques s’y prêtent ».

Le développement des solutions d’autoguidage devrait faciliter sa mise en œuvre. D’autres innovations pourraient aussi faire évoluer les méthodes de désherbage, avec des alternatives  thermiques  ou électriques.

Auteur: Cécile Julien

 

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