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    Comparaison entre médicaments et phytos : les agriculteurs diabolisés

    Ce sujet a été créé il y a 1 an par Paquereau Armand

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    Sans arrêt reviennent à la charge les écologistes de tous poils, les associations environnementalistes et autres citoyens, dont la majorité vivent en ville, pour formater l’opinion publique à l’idée que les agriculteurs sont les seuls responsables de la pollution.
    Ils sont tellement efficaces qu’ils arrivent à convaincre les médias de marteler que l’épandage d’engrais azotés est responsable des pics de pollutions sur des concentrations urbaines. C’est quand même ahurissant que ces produits épandus dans les campagnes migrent pour se concentrer au-dessus des villes alors que l’air des campagnes est exempt de ce type de pollution !
    Il est toujours plus facile de rendre responsable une minorité de citoyens et de la jeter en pâture à la vindicte populaire que de vouloir analyser raisonnablement les causes d’un problème et de tenter d’y apporter des solutions objectives et efficaces.
    Un autre exemple d’accusation cynique est celle de la « pollution » par les nitrates. On met en avant les teneurs en nitrates des eaux, mais on cache la teneur des eaux des retenues collinaires. En effet, diverses études montrent que ces retenues contiennent très peu, voire pas de nitrate (selon la date de prélèvement). Comment se peut-il que des retenues, qui recueillent directement le ruissellement des champs des agriculteurs, contiennent beaucoup moins de nitrates que les eaux des rivières ? la réponse est dans le contrôle des stations d’épuration : pourquoi les résultats des prélèvements de contrôles des eaux, en AMONT et en AVAL des exutoires des stations d’épuration ne sont-ils pas publiés et accessibles par tout citoyen. Gageons que la comparaison de ces deux paramètres serait édifiante et permettrait de définir l’origine exacte de la prétendue pollution.
    Plus inquiétante est la pollution par les phytos (PPP Produits Phyto Pharmaceutiques) employés en agriculture. Bien que l’agriculture ne soit pas la seule utilisatrice, elle est médiatiquement présentée comme étant la seule pollution posant problème. Il faut toutefois relativiser.
    En 2013, le nombre de NODU (nombre de doses unités c’est-à-dire la dose de substance active appliquée lors d'un traitement) était de 88,4 millions, soit 60 200 de tonnes de substances actives .
    Parallèlement, en France, près de 3 milliards de boites de médicaments ont été commercialisés en 2008, soit 171 000 tonnes de déchets potentiels dont 71 000 tonnes d’emballages . Ce qui représente 100 000 tonnes de médicaments.
    Une partie importante des PPP est filtrée, intégrée et dégradée par l’écosystème des sols agricoles. On en retrouve malheureusement une partie, très majoritairement en dessous des normes, dans les eaux.
    De même, une partie des médicaments utilisés pour la protection de la santé humaine et celle des animaux de compagnie est traitée dans les stations d’épuration. Mais une partie se retrouve directement dans le milieu naturel à la sortie des exutoires des stations où elle occasionne des effets délétères sur la faune et la flore aquatiques .
    Si l’on compare la quantité de PPP potentiellement ingérée par les consommateurs, les contrôles du respect des normes des limites résiduelles admises permettent de vérifier que seule une partie infinitésimale de ces produits est consommée. Par contre, la quasi-totalité du tonnage de médicaments est ingérée, déduction faite des 12056 tonnes de MNU (Médicaments Non Utilisés chiffres 2014).
    Ainsi la pollution, qui est fallacieusement présentée comme uniquement agricole, est une pollution commune, inhérente à l’évolution de notre société.
    Que l’on soit agriculteur ou citoyen, chacun aimerait pouvoir de passer de médicaments ou de PPP. Les différentes études qui s’attachent à démontrer la dangerosité des PPP s’appuient sur des statistiques qui sont quelquefois contradictoires, certaines ayant entraîné l’interdiction de certains PPP. Des médicaments, dont la preuve de la toxicité a été démontrée ont été interdits, mais sur des bases cliniques constatées.
    Ainsi, sous la pression des lobbies écologistes, la volonté de supprimer tous les PPP en agriculture se fait de plus en plus grande. Pas un média n’aborde objectivement le sujet.
    Les agriculteurs utilisent des produits homologués par les pouvoirs publics pour soigner et protéger leurs animaux et leurs plantes. Les médecins font de même pour soigner leurs patients, avec deux différences fondamentales : ils ne financent pas les médicaments et ne sont jamais accusés de polluer. La nuance n’est pas anodine, car les agriculteurs sont obligés d’utiliser la dose minimum suffisante pour une efficacité optimum, le coût étant dissuasif.
    Peut-on envisager de se passer de PPP en agriculture ? Ceux qui promeuvent ce paradigme envisagent-ils de se passer de médicaments ? S’interdisent-ils d’utiliser chez eux aucun produit chimique, insecticide, antiseptique, antibiotique ?
    D’ailleurs, PPP et médicaments sont-ils à ce point toxiques que l’espérance de vie en France est de 82,3 ans alors qu’elle est d’environ 50 ans dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne qui n’emploient peu ou pas de ces produits !
    Dans le contexte de concurrence économique actuel, il semble impensable d’atteindre le zéro « pesticide » comme le voudraient les écologistes. Certaines cultures ne produiraient aucun fruit sans protection : viticulture, arboriculture, pommes de terre seraient anéanties par le mildiou, l’oïdium, la flavescence dorée, etc. Les rendements et la qualité de certaines autres productions seraient tellement diminués que leur rentabilité serait insuffisante (fusariose, mycotoxines, etc..)
    Même les cultures Bio, dont les rendements sont inférieurs de 30 à 50% selon la MAB elle-même, sont elles aussi protégées par des PPP. Le cuivre et le soufre sont indispensables pour protéger la vigne et leur épandage sur des parcelles Bio contigües à l’école de Villeneuve de Blaye avait incommodé momentanément les élèves . L’utilisation du soufre est réglementée, mais indispensable et la présence de sulfites (anhydride sulfureux) doit être légalement mentionnée sur les emballages.
    Une soixantaine de matières actives sont autorisées en culture Bio, se déclinant en plusieurs centaines de produits commerciaux . Même si certaines sont d’origine végétale, leur toxicité n’est pas nulle. «Les substances les plus toxiques et les poisons les plus violents se trouvent aussi dans la nature», rappelle en forme d’avertissement Kurt Hostettmann, professeur honoraire de pharmacognosie et phytochimie aux universités de Lausanne et de Genève »
    Les écologistes ameutent l’opinion en insistant sur l’origine des cancers et autres maladies dégénératives attribuée aux « pesticides » agricoles, et demandent pour un monde pur et parfait la suppression de tous ces pesticides. Pourquoi ne demandent-ils pas également la suppression de l’usage la voiture dont les émissions provoquent des pics de pollution eux aussi reconnus toxiques ? Et aussi la suppression de tous les médicaments ? Tout simplement parce que directement concernés, leur mode de vie quotidien serait immédiatement mis en cause. Par contre, obliger les paysans à désherber à la main des dizaines d’hectares ne leur pose aucun état d’âme. Il serait tentant de substituer aux désherbants des escouades de chômeurs pour arracher des adventices ou des chardons dans les cultures. Avec une rémunération équivalente par unité de surface au prix de revient d’un désherbage chimique ?! Même avec une rémunération au SMIC, ce qui est dans le contexte économique actuel impossible, il est presque certain que l’on ne trouverait que peu de candidats pour effectuer ce travail !
    Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas de solution miracle. Tout d’abord, la Bio n’a pas une capacité de production suffisante pour alimenter la population entière. Les CTE Bio, grassement subventionnés en 2001, ont vu la quasi-totalité des agriculteurs qui les avaient souscrits abandonner dès la fin des cinq années d’engagement. La baisse des rendements, l’invasion d’adventices et des ravageurs et la fin des subventions mettaient les comptes d’exploitation dans le rouge. Pour réussir en Bio, il faut une concomitance d’un micro climat favorable, d’un terroir adapté, de variétés spécifiques et d’une farouche vocation de l’exploitant pour faire face aux multiples complications qu’entraîne ce mode de culture.
    D’un autre côté, on peut s’interroger sur l’avenir de la culture conventionnelle, dont les rendements stagnent, le prix des intrants croissant plus vite que les revenus, ainsi que de sa dépendance aux énergies fossiles.
    Quand on regarde rétrospectivement la croissance de la productivité agricole et qu’on envisage la fin probable du pétrole, on a lieu de s’inquiéter sur la capacité à nourrir une population mondiale en croissance permanente.
    Cependant, les détracteurs de l’agriculture ne se plaignent pas de la diminution des 2/3 du prix de la part alimentaire dans le budget des ménages en un demi-siècle. Ils occultent la relation entre cette baisse des prix et les progrès de productivité induits par la mécanisation, l’utilisation de la chimie en agriculture et malheureusement une diminution des 2/3 du nombre des agriculteurs.
    La pression exercée par les écologistes et une prochaine pénurie de pétrole vont elles se conjuguer pour bouleverser le paradigme actuel de la production alimentaire ?
    Va-t-on assister à un exode rural inversé, où les citadins reviendront s’installer sur des lopins de terre pour vivre en autarcie et se nourrir de produits authentiquement naturels ?
    La vraie question est : est-ce qu’il y aura assez d’espace pour que chacun puisse produire assez pour assurer sa survie ?
    1 http://indicateurs-biodiversite.naturefrance.fr/indicateurs/evolution-de-la-consommation-de-produits-phytosanitaires
    2 http://www.planetoscope.com/Sante-autre/879-nombre-de-boites-de-medicaments-vendues-en-france.html
    3 http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/medecine-medicaments-eau-potable-risques-pas-encore-mesures-44002/
    4 http://alerte-environnement.fr/2016/03/10/15928/

    5 http://www.ecocert.fr/sites/www.ecocert.fr/files/Guide-des-produits-de-protection-des-cultures-utilisables-en-AB-06.2014.pdf

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