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Un viticulteur victime de la grêle a-t-il volé 7 tonnes de raisins à ses voisins ?

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13Oct2017

Du jamais vu dans le vignoble bordelais. Plusieurs vols de raisins ou des pieds de vignes ont été enregistrés en quelques jours, juste avant les vendanges. Près de 7 tonnes de raisins ont même été dérobés en une seule nuit.

C’est un phénomène que l’on avait déjà relevé dans plusieurs vignobles de l’Hexagone, en particulier en Bourgogne. Mais ce fléau ne concernait pas encore le Bordelais. Depuis la toute fin du mois de septembre ce satisfecit n’est plus vrai. Plusieurs vols de pieds de vignes ont en effet été la proie d’individus peu scrupuleux. Des vols perpétrés notamment de jour, comme à Montagne, près de Saint-Emilion. Il faut dire que les vendanges étaient alors sur le point de s’achever. Les vignes étaient donc très fréquentées et nul ne s’est interrogé sur une éventuelle présence inhabituelle.

Un préjudice de 45 000 € pour 700 kilos de raisins au château Montviel

Surtout en une nuit ce ne sont rien de moins que sept tonnes de raisins qui se sont envolés, à Génissac en appellation Bordeaux supérieur. Autre vol, à Pomerol 700 kilos ont été subtilisés au sein d’une parcelle de 20 ares du château Montviel, l’un des fleurons du vignoble. Cela représente l’équivalent de 450 bouteilles et donc un préjudice de 40 à 45 000 € pour son propriétaire, Henri Parent.

Lequel est dépité. « On est arrivés le matin et tout avait été vendangé sur la parcelle. C’est facile, si on a quelques cagettes et une estafette. En quelques allers-retours, le tour est joué. On a d’abord pensé à une erreur. Parce que parfois on peut se tromper d’une ou deux rangées, mais on a bien vu qu’à une telle échelle, c’était impossible ! »

Et Henri Parent en est certain. Ce larcin est l’œuvre d’un professionnel qui a commandité l’opération. Car toutes les grappes ont été sectionnées soigneusement au sécateur, alors qu’elles étaient parvenues à maturité. Le tout a donc fait l’objet d’un repérage des lieux au préalable. Bien sûr il est assuré contre le vol, alors que la grande majorité des vignerons ne l’est pas. Mais pour lui, cette mésaventure est un rude coup porté à son appellation. « La parcelle qui est concernée est l’une de mes meilleures. Or si un client n’achète pas parce que nous sommes moins présents sur le marché, il ne revient pas l’année suivante. C’est bien là le drame, en plus du préjudice psychologique. Maintenant il ne nous reste plus qu’à être très vigilants à l’avenir. »

« C’est certainement l’un des nôtres qui a tout commandité »

Car le viticulteur estime qu’un système de vidéosurveillance serait « trop délicat. Vous vous rendez compte, ça veut dire qu’il faudrait une énorme installation électrique pour surveiller des centaines de rangées de vignes ! »

Xavier Piton, le président du syndicat viticole de Lalande de Pomerol est lui aussi persuadé que ces différents vols émanent de confrères. « On ne fait pas de vin de table à Pomerol, mais un produit de très grande qualité. On vinifie dans des barriques, on est les seuls à faire ça et il faut des chais adaptés. Si on ajoute que le raisin doit être traité rapidement et ne pas être vendu sur des marchés, on comprend tout de suite qu’il faut des installations particulières. C’est d’autant plus attristant de penser que l’un des nôtres a fait cela, après ce qui s’est passé au printemps dernier ! » En effet un gros épisode de grêle s’est abattu sur les vignes au mois d’avril. Par endroits ce sont jusqu’à 90 % du raisin qui ont été perdu. Facile donc pour les vignerons d’imaginer qu’un producteur aux abois n’a rien trouvé de mieux que d’aller se servir chez son voisin, pour sauver une partie de son chiffre d’affaires...

Sauf que cette initiative peut s’avérer très coûteuse pour son auteur. Si un professionnel est pris la main dans le sac, l’Inao (institut national de l’origine et de la qualité) peut lui retirer son habilitation à produire et même sanction suprême, déclasser son domaine. Sans parler du vol en lui-même et de l’action judiciaire.

 

Ci-dessous, dans le Bordelais, le château Montviel est l’un des fleurons du vignoble.

Ci-dessous, à Pomerol, 700 kilos de raisins ont été dérobés pour un préjudice de 45 000 €.

 

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Morineau-Cooks Christophe

Journaliste

Journaliste professionnel depuis 20 ans. Toulousain, très impliqué dans de grands quotidiens régionaux et la radio. Aujourd'hui de retour à Toulouse.

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