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Quel impact des crises en lait, viandes et céréales sur l'installation des agriculteurs ?

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02Juin2017

Selon Loïc Quellec, administrateur en charges de l’installation à Jeunes agriculteurs, les crises agricoles ne découragent pas les jeunes à réaliser leur projet. La complexité réglementaire, la pression foncière ou les affres de l’administration les pénalisent bien davantage et les poussent parfois à renoncer à devenir agriculteur.

La carrière d’un exploitant est jalonnée de crises de toutes natures : baisses de prix, épizooties, surproductions, etc. Donc pas de baisse réelle attendue du rythme du nombre d’installations aidées en 2016 en raison de la crise actuelle même si celle-ci touche plusieurs filières  simultanément et qu’elle se distingue, des précédentes, par son ampleur. D’autres facteurs beaucoup plus insidieux entravent la réalisation de projets d’installation. Par exemple, l’instabilité règlementaire et la complexité de la Pac dissuadent de nombreux jeunes à se lancer. Une remontée des cours est plus probable qu’une simplification des normes...

Il y a encore quelques mois, la régionalisation des aides à l’installation avait retardé les traitements des dossiers de nombreux jeunes agriculteurs alors qu’ils s’étaient engagés à reprendre des terres ou une ferme à une date précise.

Dans certains départements, la pression foncière empêche de nombreux candidats à s’installer sur des exploitations de taille moyenne. Crise ou pas crise, des agriculteurs en activité ont encore les moyens de s’agrandir. Le prix du foncier est toujours orienté à la hausse.

Toutefois, la crise actuelle permet aux jeunes de mieux réfléchir leur projet. La conjoncture conduit naturellement à la prudence. Les simulations et les audits d’exploitations reposent sur la moyenne olympique des cinq derniers exercices (le meilleur et le moins bon sont retirés du calcul).

Les études prévisionnelles sont aussi réalisées en se référant à des scénarios de crise avec des prix faibles ce qui rend au final les projets plus résilients.

« Personnellement, les prix de la viande bovine sont actuellement au même niveau qu’en 2009 lorsque je me suis installé. Ils représentent évidemment un manque à gagner important mais mon exploitation est dimensionnée pour mieux appréhender une telle situation», explique Loïc Quellec. Il est éleveur de bovins viande dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Mais la crise ne touche pas tous les agriculteurs. En production laitière, elle est davantage ressentie par les éleveurs bretons ou par ceux des Pays de la Loire par exemple. Ce qui n’est pas sans incidence sur les prix des actifs à reprendre. Par ailleurs, les investissements sont étalés dans le temps en se limitant à l’essentiel.

En revanche, les producteurs en zone Aop et les convertis à l’agriculture biologique se sont mis à l’écart de la volatilité des marchés agricoles. Aussi, les marges prévisionnelles des projets d’entreprise des futurs installés dégagent des capacités de renouvellement et d’acquisition de matériels importantes. Mais les prix des reprises sont parfois disproportionnés.

Par ailleurs, l’excès de confiance de certains porteurs de projets les conduit à ne par prévoir d’épargne de précaution pour faire face à un coup dur comme par exemple l’acquisition de fourrages en période de sécheresse. 

En revanche, le niveau des taux des intérêts bancaires accroît le pouvoir d’achat de tous les acquéreurs, des plus jeunes mais surtout des ou moins jeunes, ce qui conduit les cédants à vendre leurs fermes aux plus offrants. Et au final à empêcher souvent des installations.

Avec des taux inférieurs à ceux des prêts bonifiés, des candidats à l’installation sont parfois tentés de se détourner du parcours à l’installation proposé par les chambres d’agriculture, quitte à renoncer à la dotation de jeunes agriculteurs (DJA), « ce qui est en soi un tort !  La conjoncture impose justement de réfléchir davantage à son projet. L’expérience montre que le parcours à l’installation assuré par les chambres d’agriculture renforce les taux de réussite à cinq ans car les dossiers soutenus sont viables », défend Loïc Quellec. « Quand on veut être agriculteur, c’est pour le rester quelques années et non pas pour échouer ! »

Enfin, la crise ne doit pas occulter le problème majeur de la profession agricole : le renouvellement des générations. Aucune région n’est épargnée même celle où la conjoncture est épargnée par la crise car comme on l’a déjà mentionné, les coûts des reprises sont dissuasifs.

Les agriculteurs sont nombreux à avoir franchi le cap des 50 ans et à avoir des fermes à transmettre sans relève dans leur famille. Des solutions doivent être trouvées pour relever le défi. L’agrandissement des fermes est une solution de facilité. Il ne contribue pas à la vitalité des campagnes.
 

En savoir plus : http://www.wikiagri.fr/articles/normes-agricoles-le-senat-veut-degraisser-le-mammouth/10809 (articles sur les difficultés liées aux normes agricoles).

L'illustration ci-dessous est issue du site Fotolia. Lien direct : https://fr.fotolia.com/id/113476549.

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Hénin Frédéric

Journaliste

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