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Maladies des blés, une pression faible à moyenne

La plupart des blés sont au stade « 2 nœuds », stade marquant le début de période de risque des maladies foliaires. Le point sur la présence de septoriose, rouille jaune et rouille brune et les stratégies fongicides possibles selon la situation.

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L’élévation récente des températures permet aux céréales d’émettre de nouvelles feuilles rapidement. L’absence de pluie a fortement limité le développement de la septoriose. La situation est donc saine pour l’instant. Néanmoins, il faut rester vigilant car les pluies annoncées pourraient faire évoluer la situation.

Septoriose : faible pression pour l’instant

L’inoculum de septoriose est bien présent et particulièrement élevé cette année, notamment sur la bordure maritime en cas de semis précoce. En effet, depuis l’automne, le nombre de jours favorables à l’incubation est proche de la médiane. Néanmoins la maladie reste contenue et très peu présente (voire absente) sur les trois dernières feuilles du moment. Pour cause : le mois de mars et ce début de mois d’avril sont secs, or la septoriose a besoin de pluie pour monter d’étage foliaire en étage foliaire. La situation est donc saine pour l’instant.

Pour évaluer le niveau de septoriose sur vos parcelles, observez 20 plantes comme indiqué sur la figure 1, en regardant en priorité les variétés sensibles (Pakito ou dans une moindre mesure Apache, Sy Moisson…).


Figure 1 : observation des feuilles pour déterminer les seuils d’intervention


A partir du stade « 2 nœuds », le seuil d’intervention est atteint si :
â–º Variétés sensibles (classes de sensibilité, voir plus bas) : si plus de 20 % des F2 du moment (future F4 définitive) présentent des symptômes
â–º Variétés peu sensibles : si plus de 50 % des F2 du moment (future F4 définitive) présentent des symptômes

A partir du stade « dernière feuille pointante », le seuil d’intervention est atteint si :
â–º Variétés sensibles : si plus de 20 % des F3 du moment (future F4 définitive) présentent des symptômes
â–º Variétés peu sensibles : si plus de 50 % des F3 du moment (future F4 définitive) présentent des symptômes


Figure 2 : sensibilité des principales variétés au complexe maladies foliaires (septoriose – rouilles)

Rouille brune : à surveiller sur la bordure maritime et sur variétés sensibles

Le risque rouille brune est globalement plus faible que l’an dernier car les températures de l’hiver passé ont été plus proches des normales. Néanmoins comme d’habitude, le risque reste fort sur la bordure maritime (figure 3) et moyen à faible sur le centre et l’Est de la région.

La rouille brune est peu observée pour l’instant, un scenario d’arrivée très précoce est peu probable. L’élévation des températures pourrait lui être favorable si les pluies prévues se réalisent, ou en cas de fortes rosées. Quelques débuts d’attaques sont déjà signalés sur variétés très sensibles, uniquement sur bas de plantes. Vigilance sur l’évolution.

En situation à risque, pour évaluer le niveau rouille brune sur vos parcelles, observez 20 plantes à partir du stade 2 nœuds comme indiqué sur la figure 1. Le seuil d’intervention est atteint dès l’apparition de pustules sur l’une des trois dernières feuilles déployées du moment. Observer en priorité les variétés très sensibles comme Arezzo, Atoupic, Bologna, Cellule, Croisade, Hybiza… et les blés durs notamment Karur et Miradoux.


Figure 3 : risque potentiel rouille brune : somme de températures moyennes en base 0°C du 1/11au 31/03

Rouille jaune : des conditions moins favorables que l’année dernière

La rouille jaune est très peu présente pour l’instant contrairement au printemps 2014. Elle n’a été observée ponctuellement que sur quelques parcelles de variétés très sensibles dans la région. L’élévation des températures et l’absence de pluie sur mars et ce début d’avril rendent les conditions moins favorables à son développement. Il est tout de même conseillé de suivre les quelques variétés très sensibles (en premier lieu Hywin puis Alixan, Altigo, Hyxtra, Trapez, et Goncourt, Paledor, Hyfi…) et les blés durs en particuliers Miradoux et Luminur.

Seuil d’intervention : intervenir spécifiquement dès l’apparition des 1ères pustules à partir de « 2 nœud ».

Préconisations maladies foliaires : un seul traitement possible hors risque rouilles en potentiel moyen à faible

Situation avec risque septoriose seul

â–º Blés au stade « 2 nœuds » : attendre pour intervenir. Dans un grand nombre de situations l’impasse du 1er traitement pourrait être possible. Dans les milieux plus favorables à la septoriose (variété très sensible, bordure maritime, terres rouges, bornais, fonds de vallée…), observer l’évolution de la maladie au cas où les seuils d’intervention seraient atteints avant « dernière feuille pointante » (arrivée de pluies). Dans le cas contraire et dans les petits potentiels, un traitement unique est envisageable à « dernière feuille étalée ».

â–º Blés aux stades « 3 nœuds – dernière feuille pointante » :
• Attendre le stade « dernière feuille étalée » pour positionner l’intervention. Les perturbations annoncées ne devraient pas faire exploser la maladie (les étages supérieurs sont sains).
• Au stade « dernière feuille étalée » les produits associant triazole + SDHI (Bell Star, Adexar, Aviator Xpro / Oceor Xpro, Librax…) ou double triazole (Osiris Win / Korema…) sont à privilégier.

Risque septoriose + rouille brune

La résistance variétale à la rouille brune est très efficace. Intégrer le risque rouille brune uniquement dans les situations à risque.

â–º Blés au stade « 2 nœuds » – « 3 nœuds » :
• Surveiller l’évolution de la rouille brune sur variétés sensibles car les pluies annoncées pourraient faire progresser la maladie.
• Intervenir uniquement si la rouille brune est présente sur l’une des 3 dernières feuilles déployées, même en l’absence de septoriose.
• Choix des produits : les produits contenant des triazoles associées entre elles sont efficaces sur rouille brune et auront une action préventive sur septoriose. Réserver les produits contenant une strobilurine pour le traitement à « dernière feuille étalée ».

â–º Blés aux stades « dernière feuille pointante » :
• Attendre le stade « dernière feuille étalée » pour intervenir, même si la rouille brune est présente. En effet les produits actuels sont très efficaces pour stopper la rouille, même en curatif.

â–º Choix de produits à « dernière feuille étalée » : privilégier des associations triazole + strobilurine ou double triazole en veillant à ne pas appliquer 2 fois la même matière active par rapport au T1. Les produits contenant des SDHI ne sont pas indispensables pour lutter contre la rouille brune mais ils présentent un intérêt vis-à-vis de la septoriose : Viverda / Rubis, Ceriax / Voxan, Librax + Comet sont donc des solutions intéressantes pour ce stade.

Risque septoriose + fusarioses de l’épi

â–º En absence de risque rouille brune : attendre le stade « dernière feuille pointante » à « dernière feuille étalée » pour positionner le 1er traitement de lutte contre la septoriose.

â–º Privilégier l’emploi du prothioconazole pour le traitement à floraison et non pour le traitement à « dernière feuille ». En effet le prothioconazole est la solution la plus efficace sur fusarioses et doit être privilégié pour la protection des blés durs.

â–º Alterner les matières actives : si Prosaro / Piano ou Kestrel sont retenus pour le traitement contre les fusarioses à la floraison, choisir un produit de lutte contre les maladies foliaires qui ne contient pas de prothioconazole. Par exemple il ne faut pas faire Aviator Xpro / Oceor Xpro, Fandango S, Joao, Madison… à dernière feuille si Prosaro / Piano ou Kestrel choisis à floraison.

Risque rouille jaune

â–º Intervenir uniquement en présence de la maladie, quelle que soit le niveau de septoriose ou de rouille brune.

â–º Les produits à base de triazole ou double triazole sont efficaces, éventuellement complétés par une strobilurine (à réserver pour le traitement « dernière feuille »). Ces produits auront une activité sur les autres maladies foliaires.

â–º Plus que le produit et la dose, c’est le délai entre 2 interventions qui est important. Les produits ne dépassent pas 20 jours de protection dans les cas de forte pression comme 2014.

Actuellement, le scenario maladies est donc plutôt positif, avec une orientation d’arrivée plutôt tardive. Rester néanmoins vigilant sur l’évolution de la rouille brune. Il sera nécessaire d’ajuster les préconisations en fonction des pluies annoncées et de l’observation sur vos parcelles.

Règles générales

â–º Adaptez vos stratégies en fonction de la sensibilité des variétés aux maladies et au contexte pédo-climatique.

â–º Utilisez les outils d’aide à la décision et les grilles de risque pour vous guider dans vos interventions.

â–º Référez-vous au BSV.

â–º Le traitement « dernière feuille » est le plus important, privilégier la dépense sur cette intervention et non sur celle courant montaison.

â–º Réserver les produits contenant un SDHI et/ou une strobilurine pour le traitement à « dernière feuille », notamment pour les situations exposées à la rouille brune et Michrodochium nivale (notamment blé dur).

â–º Alterner les matières actives pour prévenir le risque de résistance aux maladies. Maximum :
• 1 SDHI / campagne,
• 1 strobilurine / campagne.

Retrouvez toutes les préconisations de lutte contre les maladies dans le Guide Choisir et décider – interventions de printemps 2015.
Complétez l’observation en utilisant le Baromètre Maladies blé tendre, accessible gratuitement.

Thibaud DESCHAMPS, Céline DRILLAUD, Jean-Louis MOYNIER (Arvalis – Institut du végétal)

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