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Le marché des engrais azotés toujours aussi volatil

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23Nov2017

L’intensification de l’agriculture repose sur une consommation croissante d’engrais azotés. Leur marché très volatil dépend des cours du gaz et d’enjeux géostratégiques.

Des pays producteurs de gaz et de pétrole se lancent dans cette filière tandis que la Chine et l’Ukraine perdent du terrain, faute de compétitivité. Alban Fontaine, consultant pour Agritel, analyse la conjoncture de ce marché des engrais azotés et de ses impacts pour les agriculteurs.

Le premier contrat à terme sur les engrais azotés, mort dans l’œuf ? « Non, il n’est pas mort dans l’œuf mais il n’y a plus de position ouverte depuis quelques semaines, ce qui paraît quelque peu incompréhensible, rapporte Alban Fontaine, consultant pour Agritel. Car les prix de la solution azotée et de l’ensemble des engrais azotés sont volatils. Toute variation du prix de l’urée impacte les produits dérivés et pèse sur la rentabilité des cultures. »

En fait les professionnels de l’approvisionnement des coopératives n’ont pas encore le réflexe, selon le consultant d’Agritel, d’utiliser ce type de marché pour couvrir leurs coopératives et ses adhérents. Alors que les négociants en charge de la commercialisation des céréales ont systématiquement recours à ces dispositifs pour trouver les meilleurs débouchés de vente, ajoute le consultant. Or à la différence des autres fertilisants phosphatés et potassiques, les agriculteurs ne peuvent se passer d’engrais azotés durant une campagne sans compromettre les rendements de leurs plantations.

Les raisons de la volatilité des prix des engrais azotés sont les cours du gaz et du charbon, employés comme source d’énergie pour les produire mais aussi, l’évolution des parités monétaires entre pays importateurs et exportateurs. Par ailleurs, les échanges commerciaux sont inféodés à des enjeux géopolitiques et géostratégiques. Producteurs de pétrole et de gaz, l’Algérie, le Nigéria et la Lybie sont devenus des exportateurs d’urée. Ils profitent ainsi de l’expansion du marché africain des engrais et du retrait de la Chine.

Ces dernières semaines, les regards sont justement  tournés vers l’empire du milieu, mais aussi vers l’Inde. Pour nourrir un tiers de la population mondiale, leur agriculture doit de plus en plus être performante. Aussi elle consomme de plus en plus d’engrais et d’urée en particulier. Or la Chine exporte habituellement une grande partie de sa production tandis que l’Inde est le plus grand importateur mondial d’urée. Toutefois, la production chinoise est de moins en moins rentable compte tenu du prix élevé du charbon sur son marché intérieur.

Le gouvernement chinois a en effet décidé de réduire sa production et son utilisation en fermant une partie des mines afin de lutter contre la pollution atmosphérique. « Or dans le même temps l’Inde reconstitue ses stocks d’engrais et ses achats portent sur de tels volumes qu’ils font monter les prix de l’urée, rapporte encore Alban Fontaine. Exportée d’Egypte, la tonne d’urée est passée de 210 dollars à 300 dollars en 3 mois. » Mais sur le marché européen, les cours de la monnaie unique atténuent la hausse. « La solution azotée n’a crû que de 20 euros en passant de 136,5 à 156,5 € en raison notamment de la parité de l’euro par rapport au dollar », précise le consultant.

En Ukraine aussi, l’urée produite est devenue moins rentable que par le passé car le gaz employé est importé de Russie à un prix exorbitant. La priorité est l’approvisionnement du marché intérieur. 

Or dans les mois et les années à venir, la consommation mondiale d’engrais azotés va continuer à croître mais aussi celle de fertilisants phosphatés et potassiques. Ces deux dernières années, les bonnes récoltes des pays émergents donnent des marges financières supplémentaires aux agriculteurs pour s’approvisionner en engrais durant les prochaines campagnes. Au Brésil, le développement de la production de maïs en seconde récolte (jusqu’à 100 millions de tonnes) génèrera naturellement une demande de fertilisants supplémentaire. En Inde et en Afrique, l’agriculture s’intensifie pour renforcer la sécurité alimentaire des pays.

Ces évolutions ne seront pas sans incidence sur la saisonnalité des prix observée chaque année dans l’hémisphère nord. Habituellement, les périodes estivales étaient les plus favorables pour se fournir en engrais azotés bons marchés. Mais comme l’agriculture dans l’hémisphère sud prend de plus en plus d’importance, la demande mondiale sera étalée tout au long de l’année.

En fait, le fonctionnement des marchés des engrais azotés est imprévisible, compte tenu du nombre de facteurs en jeu sur lesquels les agriculteurs n’ont aucune emprise. Aussi, seule la couverture sur des marchés à terme en atténuera l’intensité et lissera les cours dans la durée.
 

En savoir plus : https://www.euronext.com/fr/actualite/euronext-lance-son-premier-contrat-a-terme-sur-les-engrais-azotes (rappel du lancement du premier contrat à terme sur les engrais azotés).

L'illustration ci-dessous est issue du site Fotolia, lien direct : https://fr.fotolia.com/id/103982970.

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Hénin Frédéric

Journaliste

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