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La culture de la grenade en plein boum grâce à ses vertus pour la santé

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05Mar2016

La grenade est de plus en plus consommée dans le monde pour ses vertus anti-oxydantes. En décembre, une étude a prouvé que ce fruit serait notamment efficace contre le vieillissement et la maladie d’Alzheimer. La production de ce fruit en tant qu'alicament est en train de décoller dans le sud de la France. En haie ou en plein champs, la grenade est la diversification qui explose !

En moyenne, les Français consommeraient 10 000 tonnes de grenades par an, majoritairement importées. L’Inde est le plus gros producteur de grenades, devant l’Iran, les Etats-Unis, la Turquie et l’Espagne. Dans le sud de la France, une quarantaine de producteurs commercialisent un millier de tonnes de ce fruit oriental (selon des estimations réalisées en 2012). Depuis 2014, ces arboriculteurs du Gard, du Languedoc-Roussillon et de l’Hérault sont réunis par la Fédération régionale des producteurs de grenades (FRPG). La dernière assemblée générale a eu lieu le 17 février dans les locaux de la coopérative La Melba (Pyrénées-Orientales). « C’est la première structure qui commercialise la grenade en France », se réjouit le président de la FRPG Pierre Colin.

Producteur à Saint-Privat (Hérault), Raphaël Colicci fut l’un des pionniers de la grenade en France : « Lorsque j’ai proposé de cultiver la grenade, la Chambre d’agriculture de l’Hérault était plutôt sceptique. J’ai créé un conservatoire pour tester différentes variétés, et cela a vite suscité des vocations chez les arboriculteurs en recherche de diversification. La Chambre m’a finalement demandé d’animer une réunion d’information sur la grenade, et à ma grande surprise, la salle était comble ! Depuis, la production progresse tous les ans et les vendeurs de plants travaillent en flux tendus. Des dizaines de producteurs se sont lancés, et je peux leur proposer les variétés les plus adaptées à leur terrain. »

Une grenade made in France, la variété La Provence

En effet, il existe de nombreuses variétés de grenades dans le sud de la France, dont une dizaine est conservée par l’association de recherche Sud-Expe : « C’est un fruit qui se reproduit facilement en bouture et qui drageonne bien. On peut reproduire soi-même les variétés adaptées à son terrain sans être dépendant des pépiniéristes. Pour commencer, les arboriculteurs testent quatre ou cinq variétés sur une petite surface puis développent les grenadiers les mieux adaptés », constate Christian Sunt, rédacteur de la revue de l’Association des fruits oubliés.

Si certaines grenades américaines et espagnoles ont été privilégiées par certains arboriculteurs, la variété la Provence reste la plus plébiscitée. « C’est une variété endémique qui était présente dans tout le bassin méditerranéen, et particulièrement le Languedoc. Comme son calibre est important, elle est vite ramassée. Elle est très juteuse mais peut aussi être dégustée comme fruit de table. Enfin, ses pépins conviennent parfaitement pour faire de l’huile cosmétique. La grenade a un bel avenir, surtout dans la thérapie », assure Raphaël Colicci qui fut dans une autre vie kiné et naturopathe. Actuellement, il collabore avec d’éminents cancérologues (les professeur Joyeux et Pujol) pour tirer le meilleur des propriétés anti-oxydantes du fruit. « Nous testons notamment des ampoules de grenade avec le directeur de recherche du laboratoire Pierre Fabre », annonce-t-il.

Une diversification facile

Pierre Colin est viticulteur, producteur d’huile d’olive et de grenade. « Ces trois activités se cumulent très bien », assure-t-il. Dans les Pyrénées-Orientales, de nombreux arboriculteurs ont sauté le pas après avoir subi le sharka du pêcher.

La grenade se cultive facilement sur sol aride (qu’il soit calcaire ou acide) et climat doux. S’il reçoit un minimum d’eau et d’amendement, l’arbre rentrera en production la troisième année. Comptez 800 plants par hectare, à un coût de 5 euros pièce. Les rendements peuvent atteindre 12 à 30 tonnes de fruits par hectare et le kilo de grenades fraîches se négocie entre 2 et 3,30 euros.

Au niveau des débouchés, il est plus rentable de transformer et vendre du jus de fruit. Les magasins bio sont en recherche de jus de qualité, et les consommateurs n’hésitent pas à dépenser 8 € par bouteille (prix moyen observé) si la qualité est au rendez-vous !  « Aujourd’hui, certains jeunes voudraient s’installer avec une monoculture de grenade. Il faut bien étudier le projet mais les perspectives peuvent être intéressantes. De nouvelles niches se construisent, comme le vinaigre et l’huile de grenade. On a même eu des demandes d’achat de fleurs ! », sourit Pierre Colin.

La grenade booste la mémoire

Si la grenade est si recherchée, c’est qu’elle a un paquet d’atouts santé ! On connaissait déjà ses vertus anti-oxydantes, anti-inflammatoires et anti-cancérigènes (elle est notamment efficace contre le cancer de la prostate). Récemment, une étude de l’American Chemical Society a démontré que ce fruit protégerait aussi de la maladie d’Alzheimer : la grenade est riche en polyphénols, des antioxydants qui réguleraient la mémoire. A partir de l’ellagitanine (type de polyphénols présent dans la grenade), les bactéries intestinales produisent des urolithines. Ces agents sont capables de traverser la barrière hémato-encéphalique. Dans le cerveau, ils réduisent les niveaux de protéines responsables de la formation de plaques toxiques entre les neurones propres à la maladie d’Alzheimer.

En gros, les grenades protègent le cerveau du processus de dégénérescence et pourraient être utilisées en cure préventive comme en traitement. Seul bémol : les expériences ont été réalisées sur des animaux et il faudrait donc confirmer pour l’homme… Pour profiter pleinement des bienfaits, il vaut mieux consommer le jus frais de la grenade avec la peau (même si c’est un peu plus fort en goût…).

 

En savoir plus : http://pubs.acs.org/doi/abs/10.1021/acschemneuro.5b00260 (étude sur la grenade et la mémoire, disponible en angalis seulement) ; http://www.editions-tredaniel.com/la-grenade-une-bombe-de-jeunesse-p-3619.html (à lire : « La grenade, une bombe de jeunesse », Gaël Sitzia, éditions Trédaniel pratique) ; http://www.oleatherm.com (site internet de Raphaël Cilicci, cité dans l'article) ; http://www.easysante.fr/jus-grenade-bio.xml (les vertus du jus de grenade montrées sur ce site commercial).

Ci-dessous, les grenades de Pierre Colin, président de la Fédération régionale des producteurs de grenades, ici sur des grenadiers de 3 ans.

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Auteur :
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Jacson-Allemand Christel

Journaliste

Journaliste en milieu rural, je suis passionnée par l'élevage et les filières agricoles innovantes et originales.

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