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La campagne électorale a réellement débuté au salon de l'agriculture

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02Mar2017

On s'en doutait, on l'a vérifié : une année d'élection présidentielle, le salon de l'agriculture constitue une véritable rampe de lancement pour la campagne de la plupart des candidats. Les visites des principaux favoris, François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, l'ont démontré.

Toutes nos photos en fin d'article

Il y a les habitudes, l'observation, et les surprises. Les habitudes, ce sont ces grappes de journalistes avec caméras, perches avec micros, appareils photos, flashs qui crépitent encore aujourd'hui (malgré les évolutions techniques qui permettent de s'en passer). Plus la grappe est importante, plus le candidat est crédible et fait partie des favoris pour l'élection présidentielle. À ce titre, les trois favoris dans les sondages ont "fait le plein", sans qu'il soit réellement possible de détacher le "favori des médias".

Ensuite, il y a l'observation. Se rendre compte, au-delà de ces vagues de journalistes, de celui ou de celle qui remporter le meilleur accueil lors de son déplacement. Et enfin, le salon réserve aussi des surprises, qui tranchent parfois avec l'analyse émanant de médias généralistes dont les journalistes n'auront pas su se débarrasser de leurs a priori par rapport à un contexte, pour simplement regarder et écouter.

L'invraisemblable enthousiasme suscité par François Fillon

Or, en termes de surprises, il faut placer la visite de François Fillon en toute première place. Sa journée de mercredi fut celle de tous les sentiments à son égard, du rejet à l'adhésion totale, des interrogations à peine voilées à un enthousiasme que l'on peut qualifier de délirant par moments. Il devait arriver à 8 heures, il n'était pas là. Dans la demi-heure, un communiqué annonçait que sa visite était "reportée", sans autre précision, sinon qu'il y aurait une intervention officielle vers midi... De fait, dans les travées du salon, beaucoup de commentaires pour le moins dubitatifs sinon critiques, des visages assombris au niveau d'un terreau traditionnellement plutôt à droite. Egalement, une vraie curiosité. L'allocution de François Fillon, depuis son siège de campagne situé près du salon, a été regardée par beaucoup grâce à la diffusion télévisée en direct des chaines d'infos. Ainsi, beaucoup de téléphones portables ont oublié leurs fonctions premières de téléphonie ou de messagerie pour devenir de micro écrans télé... Et c'est là qu'a commencé ce que l'on pourrait appeler la "phase 2".

Avec une vraie surprise à la clef, l'arrivée, contre toute attente, de François Fillon dans le hall 1 (celui de l'élevage) vers 14h30. Oh, il y a bien eu quelques sifflets et casseroles à son entrée, mais ce que l'on a surtout remarqué c'est l'engouement invraisemblable qui a accompagné le vainqueur des primaires de droite. De mémoire de militants que j'ai pu croiser, "on n'avait pas vu ça depuis la première candidature à l'Elysée de Sarkozy". Des commentaires du style "notre champion est là, on l'a attendu, mais c'est pas grave, il est là", ou encore "il est courageux quand même, avec tout ce qui lui tombe sur la tête" et avec un sentiment général autour de la résistance de François Fillon aux attaques dont il est fait l'objet qui a suscité ce surcroit d'enthousiasme par rapport à une visite "ordinaire". "Résistance", résistant", "résistons", des mots souvent prononcés autour de lui.

Pendant ce temps, les nouvelles tombaient disant que Bruno Le Maire se retirait de l'équipe de campagne, puis annonçant que l'UDI pourrait en faire autant... Nouvelles tranchant incroyablement avec ce que l'on pouvait vivre au salon, qui donnait l'impression au contraire que nous étions entrés (enfin diront ses militants) dans le jour 1 de la campagne de François Fillon. Ce qui pourrait laisser supposer que ce candidat a tout intérêt à multiplier les visites sur le terrain pour s'éloigner du prisme parisien des interrogations et des doutes...

Marine Le Pen a travaillé pour consolider sa quête du vote agricole

La veille, Marine Le Pen avait elle aussi attiré sa "meute" de journalistes et de photographes. Avec un parcours long (pas loin de 10 heures sur place), mais sélectif, oubliant délibérément certains stands, comme par exemple celui de la Fnsea. Elle a elle aussi su s'attirer l'engouement de ses supporters, désormais nombreux dans le monde agricole. Il y eut même quelques difficultés à certains moments pour le cordon du service d'ordre pour contenir des effets de foule. Il a semblé très clair qu'elle possède une aura véritable dans le monde agricole, qu'elle s'approprie l'adhésion de ceux qui ont envie d'un grand changement. Plusieurs remarques. 1. Le temps où il fallait éviter de se montrer avec le FN est aujourd'hui définitivement révolu, je n'ai pas vu une seule personne reculer, éviter, refuser de serrer la main, etc. 2. Cela va même au-delà, Marine Le Pen fait désormais partie des personnalités avec lesquelles il faut avoir son selfie, j'ai assisté ainsi à plusieurs demandes de personnes qui s'adressaient sans doute autant à la people qu'à la candidate politique. 3. Et puis il y a le ton employé, celui du "parler vrai". Un ton qui passe visiblement très bien quand elle s'adresse à des individus lambda, ce qui correspond à sa quête de "candidate de la France profonde". Pour autant, j'ai aussi entendu des commentaires de différents responsables tenant des stands disant "tu as vu, elle ne connaissait pas le sujet..." Parmi les personnalités, Gilbert Collard a fait toute la visite avec Marine Le Pen, tandis qu'au niveau agricole on notait la présence de Philippe Loiseau, céréalier et député européen.

En fait, la journée de mardi, qui était donc médiatiquement dominée par la visite de Marine Le Pen, présentait plusieurs aspects parallèles. Ainsi, Gérard Larcher, président du Sénat et soutien de longue date de François Fillon, est lui aussi resté toute la journée au salon. Et puis j'ai dû croiser au bas mot une trentaine d'élus majeurs de la droite classique, François Baroin (nanti de Agnès Le Brun, ex député européen dans la commission de l'agriculture), Laurent Wauquiez, Brice Hortefeux, Christian Estrosi, Daniel Gremillet, Michel Dantin, des sénateurs, des députés, des députés européens... Qui eux avaient visiblement choisi de se tenir au plus près de leurs régions, soit dans le hall 3 des produits, soit dans le hall 1 de l'élevage.

Le baptême du feu d'Emmanuel Macron, ou l'histoire de l'oeuf...

Si Emmanuel Macron était déjà venu au salon de l'agriculture, ce ne fut jamais en qualité de présidentiable. Sa visite de mercredi fut donc un véritable baptême du feu. Le contexte était particulier. Le "chouchou des médias" selon ses opposants avait certes bien préparé le terrain. La veille, sa visite était annoncée avant celle de François Fillon du même jour par exemple, au titre que l'ancien ministre socialiste caracolait devant dans les sondages. Il y avait donc, de fait, une énorme foule de journalistes pour l'accueillir... Et cela d'autant plus qu'il est arrivé dans la "zone de flottement" concernant les informations sur François Fillon, qui aurait dû se montrer avant lui et dont on ne savait à ce moment-là s'il était encore candidat à la présidentielle... Plus que jamais présidentiable donc à ce moment-là, Emmanuel Macron a d'abord suscité un réel engouement, avec une cohue indescriptible autour de sa visite. Une curiosité manifeste ! En revanche, pas de cris d'encouragement, pas d'équivalent aux  "Le Pen présidente", ou aux "Fi-llon Fi-llon" qu'on su s'attirer ses principaux opposants à la présidentielle.

Emmanuel Macron est resté toute la journée, il était donc bien sûr encore là lorsque François Fillon a fait son entrée. Précision : jamais les deux cortèges n'ont été en situation de risquer de se croiser. Après l'arrivée du candidat de droite, celui de gauche a conservé du monde autour de lui, beaucoup de monde. Mais on pouvait alors faire la comparaison et, en termes d'ambiance, disons qu'Emmanuel Macron était bien accueilli, mais sans que l'on puisse dire que cet accueil était accompagné de "ferveur".

Et puis, il y a eu "l'image du jour", le vrai baptême du feu en fait : l'oeuf projeté dans la figure. La vidéo reprise sur Twitter puis dans de nombreux médias (visionner à la fin de cet article) a fait le tour des réseaux sociaux et évidemment, prête à sourire, quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir sur le Hollandais non assumé. Au-delà, plus sérieusement, Emmanuel Macron a été écouté globalement avec sérieux, parce qu'il est aujourd'hui présidentiable, et même favori selon de nombreux sondages. Mais il semble avoir remporté d'avantage d'adhésion chez ceux qui cherchent à suivre le camp vainqueur que par son discours réel, toujours nuancé selon l'interlocuteur.

Les autres candidats : on retient le chant de Jean Lassalle

C'était le jour de l'inauguration, samedi dernier, et les caméras étaient logiquement tournées vers la visite de François Hollande, sa dernière en qualité de Président de la République. De fait, devenir audible des médias ce jour-là tenait de la gageure, surtout lorsque l'on chasse toujours après les derniers des fameux 500 parrainages. Pour autant, loin de tous ces cortèges de photographes, Jean Lassalle, son livre-programme "Un berger à l'Élysée" à la main, s'est attiré une réelle sympathie partout où il est passé. Son passage sur le plateau de télévision éphémère du salon de l'agriculture Village Semences a été ponctué de ses chants pyrénéens. S'il parvient à se présenter, et malgré ses petits moyens, il devrait s'attirer des votes du monde paysan.

Je n'ai pas assisté à la visite de Nicolas Dupont-Aignan ce jeudi et je ne peux donc pas la commenter. Notons tout de même que sa porte-parole est une agricultrice (bovin lait), Anne Boissel, et qu'il attache donc un réel intérêt pour le secteur. Celle de Benoît Hamon est programmée pour ce vendredi : on sait que, depuis la primaire de la gauche, il a été rejoint par le député européen Eric Andrieu, qui a influencé son programme agricole. Par ailleurs, on sait aussi que Jean-Luc Mélenchon a fait délibérément le choix de tenter de s'attirer le vote bobo plutôt que paysan en devenant végétarien (voir la vidéo sur Gala, lien en fin d'article), et il a donc fait l'impasse sur le salon, les oeufs ne faisant visiblement pas partie de son régime...

De gauche à droite, Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen... (montage de trois photos).

François Fillon a déclenché une véritable ferveur lors de sa visite.

Marine Le Pen, volontaire et souriante.

Emmanuel Macron, toujours prêt à adapter son discours au gré des interlocuteurs.

Gérard Larcher, très volontaire.

La der pour François Hollande...

Exemple d'une "meute" de photographes et autres journalistes. Les trois principaux candidats ont eu droit à l'équivalent en termes de suivi médias.
 

En savoir plus : http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/video_jean-luc_melenchon_les_secrets_de_son_regime_372576 (vidéo où Jean-Luc Mélenchon explique son mépris pour la viande).

Ci-dessous, vidéo de l'oeuf arrivant sur le front d'Emmanuel de Macron.

Ci-dessous, Jean Lassalle sur le plateau TV éphémère du Sia.

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Auteur :
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Jeandey Antoine

Journaliste

Journaliste professionnel depuis 1987. Collaborations multiples et variées dans la presse agricole. J'ai été rédacteur en chef de JA Mag (mensuel du syndicat...

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