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Fin des quotas betteraviers, l'étrange avis de la Commission européenne

Thumb_betteraves_fotolia
02Jan2017

Avec 12 millions d’hectolitres produits par an, la France est le premier producteur européen de bioéthanol. La fin des quotas betteraviers (le 1er octobre 2017) est une opportunité pour les planteurs de produire plus de racines donc plus de sucre et surtout, plus d’éthanol exportable. Mais la Commission européenne souhaite réduire à 3,8 % leur taux d’incorporation d’ici 2020 contre 7 % actuellement.

A quoi joue la Commission européenne ? Alors que la filière européenne de bioéthanol gagne en compétitivité, grâce aux technologies employées de plus en plus performantes, l’organisation européenne souhaite réduire drastiquement leur taux d’incorporation dans les hydrocarbures fossiles.

Si le projet européen est validé en l’état, ce taux d’incorporation de bioéthanol et de biodiésel n’excèderait pas 3,8 % en 2020 contre 7 % actuellement.

« Et surtout, il s’inscrit en porte à faux avec l’accord climatique de réduction des émissions de gaz à effet de serre », déplore Eric Laisné, président de la Confédération des planteurs de betteraves (CGB).

En France, ce taux de 7 % est en voie d’être atteint (6,38 %) et notre pays a les capacités de produire encore plus bioéthanol pour l’exporter dans les pays voisins. L’Union importe en effet une grande partie de l’alcool consommé, faute d’en produire suffisamment sur son sol.

Or comparés au Brésil, les écarts de coûts de production français se sont considérablement resserrés. De 100 % il y a dix ans, ils ne sont plus que 20 à 30 %, à taux de change euro/ réal constant.

En conséquence, le projet de la Commission européenne contrarie les projets des planteurs de betteraves de la CGB. « Il constitue un non sens », rapporte Eric Laisné. « Ce projet mise sur le développement d’une filière quasiment inexistante de biocarburants de seconde génération, issus de la transformation de végétaux ligneux et de cellulosiques, alors que les agriculteurs ont les moyens de produire plus d’agro-carburants sans compromettre la sécurité alimentaire européenne. »

Enfin, le biotéthanol est un moyen, pour les planteurs de betteraves, de s’affranchir quelque peu de la volatilité des prix du sucre, trois plus importante que celle du blé.

Une décision à contre courant

Aussi, la fin des quotas betteraviers est une opportunité pour relancer la production française de racines avec, comme perspective à moyen terme, l’emblavement d’une surface de betteraves au moins équivalente à celle d’avant 2006. L’Omc avait alors imposé à l’Union de réduire sa production de sucre trop subventionnée.

Pour 2017, l’objectif annoncé est d’ores et déjà à une hausse des surfaces de 20 %, selon la Confédération des planteurs de betteraves. Celle-ci prévoit une augmentation de la production de sucre de 600 à 700 mille tonnes sur les 3 millions de tonnes attendus au niveau européen. Mais comme le marché mondial du sucre va se retrouver à l’équilibre dans quelques années (sauf accident climatique majeur), notre pays doit d’ores et déjà trouver de nouveaux débouchés industriels ou alimentaires à l’export. D’où l’idée de saturer l’outil de production de bioéthanol, sous utilisé à ce jour, pour inonder le marché européen et rivaliser avec les importations américaines.

« La filière industrielle a mobilisé d’énormes capitaux pas encore amortis à ce jour! Donc laissons les entreprises produire », défend la CGB.

Des betteraves plutôt que des aides

En attendant, la fin des quotas relègue au second rang les problèmes évoqués l’an passé portant sur la mise en œuvre de la Pac et la convergence des aides découplées. Comme la conjoncture du marché du sucre est favorable, les producteurs vont recevoir un complément de prix de 1 à 2 €/t en plus du prix minimum au titre de la campagne 2015/2016. Enfin, les planteurs misent sur la hausse de la production de betteraves et sur des prix attractifs pour dégager l’an prochain des marges bien supérieures au manque à gagner généré par la baisse des aides découplées.

Face à une position dogmatique de la Commission européenne, la CGB affiche réalisme et pragmatisme. Elle en appelle au gouvernement français et au Parlement européen  pour défendre la filière bioéthanol auprès de la commission européenne.

Les biocarburants répondent à toutes les contraintes  imposées aux filières agricoles : traçabilité, baisse des émissions de CO2 etc. Et ils sont appelés à un fort développement. 

De plus en plus de pompes à essence distribuent du SP95-10 E et du E85. Les voitures peuvent dorénavant être équipées, pour quelques centaines d’euros, d’un kit flex. Mais seuls quelques camions circulent déjà au 100% Bioéthanol ! Or les poids lourds  représentent 70 % des émissions totales de CO2 lié au transport. Enfin, il est temps, selon la CGB, de développer des voitures hybrides éthanol –gaz.  

La contractualisation sur meure

Chaque producteur aura conclu avec son collecteur, d’ici l’emblavement de ses parcelles en mars prochain, un contrat spécifique qui précisera les volumes et les modalités de fixation des prix. Ce contrat devra être suffisamment attractif pour inciter les agriculteurs à tenir leurs engagements dans la durée. Un redressement des prix des céréales pourrait conduire les betteraviers à modifier leur assolement et à se détourner des betteraves.

Notre illustration ci-dessous est issue du site Fotolia. Lien direct : https://fr.fotolia.com/id/26687630.

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Hénin Frédéric

Journaliste

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