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Compétitivité et contractualisation, les deux mamelles de la filière bovine américaine

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18Nov2015

Aux Etats-Unis, plusieurs dispositifs protègent les éleveurs de bovins viande des variations des cours de la viande et des aléas climatiques. La mobilisation des acteurs de la filière dans les états producteurs et le Farm Bill (l'équivalent de la Pac pour les Etats-Unis) soutiennent les éleveurs avec des moyens financiers sans commune mesure comparés à ceux de la Pac.

Aux Etats-Unis, la viande bovine est essentiellement consommée sous forme hachée et est issue à 80 % de bœufs et de génisses. Or depuis près d’un an, le prix moyen du kilogramme de viande de bœuf  (5,10 €/kg mi-2015) culmine à 1,20 € au-dessus du prix français (classe R). En intégrant la dévaluation du dollar, il a crû de 84 % depuis 2010 pour un cout de revient par kilogramme de carcasse inférieur de 2,45 €/kg de carcasse.

La viande de vache de réforme (allaitante aux trois quarts) est aussi au plus haut. Le prix du kilogramme de carcasse  est dorénavant équivalent à celui en vigueur en France (vache R - 4 €/kg). Or cinq ans plus tôt, il était moitié moins élevé.

Dans son nouveau dossier consacré à la filière viande bovine aux Etats-Unis, l’institut de l’élevage (Idele) analyse cette double performance des éleveurs américains, aussi bien en matière de prix que de coût. A l’aval, la filière bovine profite d’avantages comparatifs qui renforcent la compétitivité des éleveurs. Les capacités d’usinage des abatteurs sont 10 à 15 fois plus importantes que dans les plus grandes entreprises françaises. Leur niveau de productivité est incomparable.

Les salaires plus faibles qu’en France n’expliquent pas tout. En effet, les producteurs états-uniens ne sont pas les « variables d’ajustement » d’entreprises qui font pression, comme en France, sur les prix de vente des animaux pour préserver leurs marges commerciales à un certain niveau, aux dépens des éleveurs. La moitié d’entre eux bénéficient même de contrats, de commercialisation ou à termes, pour sécuriser la vente de leurs animaux. Et ils sont établis en prenant en compte les prix matières premières.

Enfin, des programmes d’assurance contre les calamités agricoles couvrent une partie de la perte d’animaux et compensent, les années de sécheresse, la faible production de fourrages (à hauteur de 60 % des couts d’alimentation mensuelle). Les indemnités peuvent atteindre 125 000 dollars par personne et par an.

Pas de contraintes environnementales

Toutefois, une partie de la compétitivité de la filière bovine repose sur des normes environnementales et sanitaires inacceptables en Europe et en France.  En effet, la réglementation agro-environnementale est quasi inexistante au niveau fédéral, souligne l’institut de l’élevage, et elle n’est pas une priorité dans les états producteurs.

Les éleveurs utilisent des antibiotiques et des hormones de croissance systématiquement. Elles représentent des gains de l’ordre de 6 centimes d’euro par kilogramme de carcasse et une économie d’aliments de près de 100 € (soit le coût correspondant à la durée d’élevage supplémentaire d’animaux sans implant).

Les abatteurs ont recours à des traitements décontaminants puissants. Même des animaux sales et porteurs de STEC (Escherichia coli producteurs de shigatoxines, lire lien en fin d'article) peuvent être abattus. Et si les animaux sont morts, leur coût d’équarrissage est de 18 € contre 175 € en France. Il n’existe pas non plus de système de traçabilité particulier.

Aux Etats-Unis, la production de bœufs et de génisses est scindée en trois étapes dans trois exploitations différentes: le naissage, la repousse et l’engraissement Voire deux, si la phase de 3-10 mois est assurée par les producteurs de broutards. Et au cours de chacune de ses étapes, les coûts de production sont réduits au strict minimum.

L’activité de naissage ne nécessite pas de bâtiment. Les animaux élevés sont issus de races maternelles, présentant des facilités de vêlage et qui supportent le froid et les mauvaises conditions climatiques hivernales.

Avantages comparatifs ou distorsions ?

Les animaux, regroupés dans des troupeaux de 40 à plus de 2.500 animaux, disposent d’importantes aires de parcours (jusqu’à 10 ha parfois par vache). Au total, on dénombre plus de 740 000 producteurs, majoritairement pluriactifs (0,3 Uth pur 160 animaux).

La repousse est assurée jusqu’à 10 mois par des naisseurs ou par d’autres producteurs pour préparer l’engraissement. C’est une phase de l’élevage pendant laquelle la nourriture doit être bon marché.

Quant à la phase d’engraissement, elle se déroule dans de grosses unités de production : 3 % des ateliers assurent 70 % de l’engraissement dans des unités de plus de 2 500 animaux. Et cette phase dure 120 à 220 jours avec un gain moyen quotidien de 1,5 à 1,7 kg par jour. Comme pour l’activité de naissance, l’engraissement nécessite peu d’investissement. C’est une activité de dimension industrielle (plusieurs dizaines de milliers d’animaux) qui emploie dans les exploitations des dizaines de salariés parfois.

Les animaux sont élevés dans des parcs clôturés, avec accès à leurs fourrages dans des auges. La nourriture distribuée est produite par les éleveurs (maïs ensillage) ou achetée au meilleur prix, en fonction des matières premières disponibles (maïs ensillage ou sous-produits issus de la distillation, riches en protéines, par exemple).

Résultat, la compétitivité de l’ensemble de la filière bovine repose sur une multitude d’avantages comparatifs, tout au long de la chaine de production, qui profite pleinement aux éleveurs. Elle s’explique aussi par la taille des troupeaux. Toutefois, les conditions d’élevage sont jugées distorsives au regard de l’Union européenne. La seule ombre à la compétitivité de la filière bovine est le prix du foncier, plus important qu’en France.

 

En savoir plus : http://www.civ-viande.org/document/e-coli-producteurs-de-shigatoxines-stec-definitions-virulence-et-proprietes-des-souches-enterohemorragiques-ehec (ce que sont les STEC).

Notre photo ci-dessous est issue du site Fotolia. Lien direct : https://fr.fotolia.com/id/72514258.

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Hénin Frédéric

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