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Ces agriculteurs qui font revivre Lussac-les-Eglises

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24Sep2016

Il y a quelques mois, la commune de Lussac-les-Eglises, aux confins de la Haute-Vienne, avait lancé un appel à candidature pour exploiter sa ferme, léguée par un mécène au 17e siècle. Opération réussie, la ville a sélectionné un apiculteur, un éleveur et un maraîcher.

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Dans le petit bureau du maire de Lussac-les-Eglises, Daniel Maître, un tableau occupe une bonne partie d’un pan de mur. Il s’agit du portrait de François de Bourdelle qui a légué à sa commune la ferme des Essarts, au 17e siècle. La commune a donc décidé de redynamiser l’activité sur cette exploitation en lançant un appel à candidature, accompagnée par la Chambre d’agriculture de la Haute-Vienne (dont nous nous étions fait l’écho : http://www.wikiagri.fr/articles/petite-commune-cherche-agriculteurs-pour-location-de-ferme/8686). 

Le conseil municipal de Lussac a reçu 14 dossiers, venant de toute la France et n’en a sélectionné que la moitié. Au bout du compte, trois porteurs de projet ont été retenus. La dimension de vente locale faisait partie du cahier des charges. Aujourd’hui, les trois agriculteurs sélectionnés ont commencé à prendre possession de leurs nouvelles terres. Un apiculteur, un maraîcher et un éleveur-maraîcher vont redonner vie à ce lieu. 

Les autres meilleurs dossiers conservés…

Qui aurait pu penser qu’un legs vieux de plus de 3 siècles puisse avoir une telle résonance aujourd’hui ? La dynamique est enclenchée et l’équipe municipale compte bien surfer sur la vague qu’elle a initiée. Puisque de nouveaux acteurs arrivent sur le territoire, c’est le moment idéal pour ne rien lâcher. Le maire, Daniel Maître, n’a pas jeté les dossiers des recalés. Quelques-uns avaient tout de même de solides arguments… Alors, avec son équipe, ils ont gardé le contact et l’élu reste attentif. Après tout, c’est bientôt l’heure de la retraite pour certains agriculteurs dont les enfants n’ont pas forcément envie de prendre la suite.

Autre projet dans les cartons, un atelier de découpe. Pour favoriser la vente directe, 6 à 7 agriculteurs locaux se sont regroupés en association pour travailler à la création d’un tel outil afin de valoriser leurs productions. Evidemment, Sylvain Lafitte, un des lauréats, n’a pas hésité un seul instant à se jeter dans cette nouvelle aventure.

Sylvain Lafitte avait le choix : déménager ou renoncer à son métier

Sylvain Lafitte a connu la plus sévère concurrence dans l’appel à projet, concernant le volet de l’élevage. Le maire se rappelle que les dossiers face à lui étaient de très haute qualité. La petite différence ? Sylvain Lafitte apportait avec lui son cheptel et son matériel. Voilà un problème de régler pour la commune ! Il est déjà au boulot et a débuté les semis de colza. 

Il a découvert l’appel à projet un jour sur Facebook. Pour lui, c’était tout bonnement inespéré… Et surtout l’occasion de poursuivre dans ce métier, « celui pour lequel je suis né ». Avec femme et enfants, il a quitté le Nord-Pas-de-Calais où son avenir se réduisait en même temps que la taille de ses terres. Son exploitation urbaine se voyait grignoter des hectares d’années en années, préemptés pour des constructions urbaines, et bloquée par un plan local d’urbanisme. Il partageait donc son temps entre la ferme et une activité de travaux publics pour s’en sortir. Alors, quand il a vu qu’en Limousin, on proposait 65 hectares à travailler… Il a saisi cette opportunité comme le meilleur moyen de poursuivre sa passion. Comble du retournement de situation, aujourd’hui des habitants du coin viennent le voir pour lui vendre un hectare par ci, un autre par là. D’ici 5 ou 6 ans, il espère conduire un cheptel de 200 ovins, 20 à 30 salers, race peu répandue au pays des limousines. Il complètera son troupeau avec des porcs et des volailles dont le volume sera défini par la demande locale. Et le petit plus sera la production de pommes de terre, « mon produit d’appel ». 

A 30 ans, son déménagement vers le Limousin sonne non pas comme une nouveau départ, mais une nouvelle chance de poursuivre sa passion, entouré de sa femme aide-soignante et de ses deux filles, de 5 et 8 ans, scolarisées dans les écoles environnantes.

Grégoire Gilbert, local de l’étape, maraicher, et acteur de la ruralité

Grégoire Gilbert connaît bien le coin pour en être originaire. Il était établi dans la commune voisine de Saint-Sulpice-les-Feuilles. Il a découvert le projet la veille de la date limite du dépôt des dossiers. Autant dire qu’il n’a pas chômé pour peaufiner son projet. Il faut dire qu’il murissait sa vocation depuis longtemps. Le jeune homme de 28 ans se décrit comme un passionné de botanique, il est passé par une licence de droit avant de revenir à sa véritable voie par un BTS de gestion et protection de la nature.

Son potager, il compte le construire autrement avec des variétés peu connues, pour se différencier. Sur les 2 hectares qui lui sont attribués, il plantera aussi des herbes aromatiques et médicinales. Il envisage cette première installation en agriculture comme intégrée à un projet de vie plus global. « Cela fait 4 à 5 ans que je recherche des terres mais c’est compliqué d’en acheter. Alors, ça a été une bonne opportunité d’autant que, avec un groupe d’amis, on a vraiment la volonté de rester ici. On veut se regrouper, c’est à nous maintenant de reprendre les rênes pour que notre pays soit plus vivant. On a la volonté de faire quelque chose de sain, de fournir les cantines, d’animer des ateliers-potager pour les enfants des écoles. »

Quentin Bouyat, un rucher comme porte d’entrée

Quentin Bouyat n’a pas souffert de la concurrence. Il était le seul apiculteur en lice. C’est son ami Grégoire Gilbert qui l’a informé du projet des Essarts. Déjà propriétaire de 300 ruches, cet espace avait les airs d’une double occasion. D’abord installer un rucher de 30 ruches supplémentaires dans un espace avec une autre diversité florale (notamment les colzas). L’autre avantage aux yeux de l’apiculteur de 31 ans s’ancrait dans l’aspect participatif du projet de Lussac-les-Eglises, avec la possibilité de vente directe sur la commune, en compagnie des autres produits de ses collègues. « Avoir une boutique sur Lussac, c’est très intéressant, ça crée une émulation. On peut trouver de la viande, des légumes et mon miel. C’est une commune très engagée, c’est un bon moyen pour se faire connaître », explique-t-il.

Ci-dessous, vidéo du miel du Moulin, de Quentin Bouyat.

En savoir plus : http://www.wikiagri.fr/articles/petite-commune-cherche-agriculteurs-pour-location-de-ferme/8686 (l'article de WikiAgri qui expliquait la recherche de la commune) ; http://mieldumoulin.fr (site internet du miel de Quentin Bouyat) ; https://www.facebook.com/mieldumoulin.fr (page Facebook du miel du Moulin).

Ci-dessous, Grégoire Gilbert, le maire Daniel Maitre, Sylvain Lafitte, et Jean-Luc Mauduit (adjoint, chargé du projet des Essarts).

Ci-dessous, en gros plan, Sylvain Laffite.

Ci-dessous, en gros plan, Grégoire Gilbert.

Ci-dessous, le portrait (qui figure en mairie) de François de Bourdelle, le donateur de la ferme à la commune de Lussac-les-Eglises au 17e siècle.

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Cordaz Delphine

Journaliste

Journaliste depuis une dizaine d'années en milieu rural. La campagne innove, trouve des solutions, élabore... Et j'entends le montrer !

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